C'est beau comme une encyclopédie et c'est au Musée d'ethnographie de Genève, toujours au boulevard Carl-Vogt, après le refus en votation populaire d'une nouvelle construction en décembre 2001 et l'enquête actuelle pour lancer un nouveau projet. Ce qui est beau, ce ne sont donc pas les salles, avec leur sol à nu et leurs parois défraîchies, mais les immenses planches contact déroulées sur ces murs. Sur chacune d'elles, 480 clichés en couleurs, soit en tout 62 000 images. Au fur et à mesure du déménagement des collections du musée vers les nouveaux dépôts loués à La Praille, chaque objet, ou groupe d'objets, a été dûment photographié et ce trésor iconographique sera visible tout l'été. Mais la fin de cette odyssée se devait d'être ritualisée. Un week-end entier lui est consacré, qui permettra notamment de visiter les dépôts (lire ci-contre). Et donc de voir les objets en vrai.

Installation plutôt qu'exposition, comme le soulignait Ninian Hubert van Blyenburgh, directeur du musée, Sans objet – cent objets ne montre pas seulement toutes ces photos. Elle donne aussi accès à la documentation informatique qui accompagne chaque image, un ordinateur étant disponible dans chaque salle. Le déménagement a en effet été l'occasion de mener à bien un inventaire des collections. Chaque objet est donc désormais bien rangé, dans de bonnes conditions de conservation, numéroté, explicité.

Les ordinateurs mis à disposition comportent aussi une messagerie électronique qui permet d'envoyer une image de son choix à un ami. Une façon comme une autre de faire circuler les objets, de les faire vivre. Mieux encore, les visiteurs sont invités à effectuer un choix parmi les 62 000 photos. Les 100 objets qui obtiendront le plus de suffrages seront exposés cet automne. Ils remplaceront les cent objets qui ont d'ores et déjà été ramenés du dépôt, sélectionnés par l'équipe des conservateurs: masque funéraire de saint François de Sales, détails des peines infligées à un homme qui avait agressé sa mère pour la voler en Chine au XIXe siècle, talisman de virilité thaï, ou encore pointe de flèche taillée en 1881 au Jardin d'acclimatation de Paris par des Indiens de la Terre de Feu exhibés telles des bêtes en cage.

L'exposition est donc bien «sans objets», parce qu'elle n'a pas vraiment de thématique et que les pièces ayant été mises à l'abri, elles sont représentées par des photos. Et elle donne à voir «cent objets». Son commissaire, l'ethnologue Philippe Mathez, nouvelle recrue de Ninian Hubert qui montait jusqu'à présent des expositions au Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, a mis en exergue de cette «installation» quelques pensées sur l'objet. Comme celle-ci: «La vie de l'objet échappe à ses fabricants comme à ses acheteurs, aux guerriers papous comme aux galeristes, à l'ethnologue comme au commissaire d'exposition.» (Alban Pensa, La Fin des mondes ou le cénotaphe de la culture, 2002).

Enfin, il faut aussi remarquer une finesse scénographique. En admirant les pièces sélectionnées, grâce à un jeu de miroirs, le visiteur voit sa propre image prise à son tour dans l'exposition. Puisque c'est bien de l'Homme dont il sera question dans les expositions à venir, comme se plaît à le rappeler Ninian Hubert. Ce sera pour le printemps 2005, après le rafraîchissement du bâtiment.

Sans objet – cent objets, Musée d'ethnographie, bd Carl-Vogt 65 à Genève, tél. 022/418 45 50. Ma-di 10-17h. Du 12 juin au 12 sept.