Les programmateurs du LUFF font (à peu près) ce qu’ils veulent : plus de dix qu’ils enfilent les perles de leur cabinet de curiosités sonores avec une jubilation partagée pour la rareté, l’exotisme (on ne parle pas forcément ici de géographie) et l’altérité mise en notes. En amont, cette quête doit s’articuler sur une forme de lâcher prise : il faut, sans préjugés, savoir faire confiance à ce que l’étrangeté peut nous dire et lui offrir ensuite une scène. En aval, cet apparent chaos tend néanmoins à se structurer – et ceci pourra peut-être fournir une grille d’analyse au public. Ainsi le panorama d’un programme du LUFF a-t-il tendance à se développer selon trois axes : le patrimoine, l’épreuve, et l’accident sublime. Tentative de démonstration sur l’édition 2012.

Le patrimoine

L’underground a beau se méfier du star-system, il n’en possède pas moins des légendes auxquelles le festival ne résiste pas. Cette année, les punks de Oi Polloi (30 ans au compteur) auraient pu faire office de pièce de musée, mais l’idée n’en a guère été goûtée par la Municipalité de Lausanne – on connaît l’histoire : échaudée par les échauffourées qui avaient émaillé un concert du même type il y a deux ans, la Ville a cette fois-ci mis son veto bien que le festival ait annoncé avoir sèchement remis à jour son service d’ordre. A défaut, l’expérimentatrice Ikue Mori (qui fonda DNA avec Arto Lindsay en 1977 déjà) ou Kim Gordon (ses débuts au sein de Sonic Youth sont à peine plus récents) rempliront les rayonnages.

L’épreuve

Un LUFF sans fréquences malignes ne serait pas un LUFF de bonne cuvée. Le festival a quelque chose du rite de passage : que cela soit au niveau de la stridence ou du volume, les expériences cathartiques font partie de son code génétique. Pour 2012, les défis aux tympans ne manquent pas : les feedbacks de Yan Jun, les murs de son de Kevin Drumm ou le bruit blanc de Pain Jerk (qui porte bien son pseudonyme) s’annoncent gratifiants, même si saignants.

Les accidents sublimes…

… comme on le dit quelques fois d’un alcool qui ne se développe pas comme il devrait mais gagne d’autant en puissance d’évocation. C’est peut-être là que le LUFF se montre le plus pertinent et le plus séduisant : permettre des rencontres impossibles, faire confiance à des propositions a priori fragiles. Ainsi de ce qui sera certainement l’un des grands moments de 2012 : faire jouer par Brutal Truth – l’une des formations légendaires de cette variante extrême du metal que l’on nomme « grind core » - les œuvres du compositeur électroacoustique Robert Piotrowicz. Ainsi, aussi, de l’une des prises de risque les plus poétiques de cette année, assumée par Michael Esposito qui, sur le chemin occulte tracé par Jung, Friedrich Jürgenson et Konstantin Raudive, s’est fait une spécialité de traquer ce que l’on nomme « Electronic Voice Phenomena » : rien de moins que les voix des morts.