Le poche de la semaine

«La mémoire estune chienne indocile.Elle ne se laisserani convoquerni révoquer…»

Genre: Roman
Qui ? Elliot Perlman
Titre: La mémoire est une chienne indocile
Trad. de l’anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj
Chez qui ? 10/18, 785 p.

C’est avec les magistrales Ambiguïtés que nous avions découvert l’Australien Elliot Perlman, il y a tout juste dix ans. Situé en grande partie à New York, La mémoire est une chienne indocile reprend la même technique narrative – un kaléidoscope de voix et de destins – pour méditer sur la question de l’histoire, sur la manière dont elle se transmet et se dévoile de génération en génération grâce au travail de ceux qui en sont les gardiens. Adam Zignelik est professeur d’histoire, justement. Petit-fils d’exilés juifs – ses grands-parents ont fui les pogroms –, cet intellectuel épris de justice aborde la quarantaine en se demandant s’il ne va pas flancher. Diana, sa femme, est en train de le quitter et son poste à l’Université de Columbia est menacé, parce que ses recherches sont au point mort. Alors qu’il s’enlise dans la dépression, un de ses amis lui tendra une perche inespérée en le chargeant d’enquêter sur un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale: le rôle joué par les soldats noirs américains dans la lutte contre le nazisme et dans la libération des camps de la mort. Ces camps dont a survécu un autre personnage de Perlman, un vieillard cloué à un fauteuil roulant dans un hospice où travaille un jeune Noir qui, fraîchement libéré de prison, sera intrigué par les tatouages qu’il porte sur le bras… D’une confession à l’autre, Perlman tisse peu à peu une gigantesque toile où viendront se mêler bien d’autres motifs, bien d’autres acteurs – ou témoins – de l’Histoire, entre les ghettos polonais et ceux de l’Amérique des années de plomb, entre les camps de concentration hitlériens et les geôles du Bronx. Un roman très ambitieux, passionnant, où le présent et le passé se télescopent face aux mêmes spectres – ceux de la violence et de la barbarie.