Cinéma

Quand les «Men in Black» se prennent pour James Bond

Le quatrième volet de la franchise lancée en 1997 quitte les Etats-Unis pour emmener deux nouveaux agents, incarnés par Tessa Thompson et Chris Hemsworth, dans une aventure se déroulant entre l’Europe et le Maroc. Amusant, même si on est loin du ton décalé de la trilogie mettant en scène Will Smith et Tommy Lee Jones

Il y a vingt-deux ans, dans Men in Black, un policier prénommé James (Will Smith) était recruté par une agence plus secrète que la CIA et le KGB réunis: le MiB, dont la mission consiste à réguler la présence extraterrestre sur Terre. James renonçait alors à toute vie sociale pour devenir l’agent J, nouveau partenaire de K (Tommy Lee Jones), le plus expérimenté et redoutable de ces «hommes en noir» devant régulièrement remettre à l’ordre des aliens indisciplinés, tout en sauvant au passage la Terre d’une destruction probable.

En 2019, Molly (Tessa Thompson) n’est pas recrutée par le MiB; c’est elle qui localise l’agence afin de prouver à sa directrice (Emma Thompson) qu’elle est digne de l’intégrer et de devenir l’agente M. Depuis qu’elle a aperçu dans sa chambre d’enfant une petite créature venue d’ailleurs, avant de voir en cachette d’étranges types en costard effacer la mémoire récente de ses parents, elle a tout mis en œuvre pour réaliser son rêve: veiller elle aussi à ce que les Terriens continuent à vivre dans l’ignorance aux côtés d’espèces venues des confins de galaxies très très lointaines.

Héroïne volontariste

Après trois films signés Barry Sonnenfeld entre 1997 et 2012, voici donc que la saga Men in Black s’enrichit d’un quatrième titre, réalisé par F. Gary Gray, cinéaste inégal qui ces dernières années est notamment passé d’un intéressant biopic hip-hop (NWA: Straight Outta Compton) au huitième épisode de l’abominable franchise des Fast and Furious. S’il met en scène dans Men in Black: International une héroïne volontariste prenant son destin en main, ce n’est forcément pas un hasard. Déjà évoquée dans Men in Black 3, la question de l’appellation sexuée de l’agence – mais pourquoi les recrues féminines ne sont pas des Women in Black? – devient ici plus centrale. D’autant plus qu’associée au franc-tireur H (Chris Hemsworth), M va s’imposer comme le cerveau de ce nouveau duo.

A lire: Chris Hemsworth: «Jouer Thor? Je ne pouvais pas refuser»

Les historiques J et K étaient basés à New York, décor unique des trois titres réalisés par Sonnenfeld avant un dénouement final se déroulant à cap Canaveral. Aucune mention n’avait été faite, dans la trilogie, d’une présence extraterrestre en dehors des Etats-Unis. Men in Black: International a logiquement un titre programmatique: engagée aux Etats-Unis, M se voit derechef envoyée au bureau londonien du MiB, avant que sa première mission ne la voie partir avec H à Marrakech, puis sur une île napolitaine et enfin à Paris. Au passage, on apprendra que le MiB ne date pas d’hier et qu’un de ses fondateurs n’est autre que Gustave Eiffel.

Nouveaux publics

Ces délocalisations apportent un côté James Bond à ce quatrième volet qui, dès lors, tend du côté du film d’aventures – avec ses poursuites et combats de circonstance – et du film d’espionnage à travers la figure canonique d’une taupe à démasquer. Si en 1997 le film originel surprenait, à l’instar du Mars Attacks! de Tim Burton l’année précédente, par son approche décalée d’un sous-genre fondateur du cinéma fantastique, à savoir le film d’invasion extraterrestre, tout est ici plus sage et classique. D’autant plus que le duo Tessa Thompson-Chris Hemsworth, même s’il fonctionne, n’a pas la dimension quasi burlesque du tandem Will Smith-Tommy Lee Jones. Men in Black: International semble avant tout destiné à sonder l’intérêt d’une nouvelle génération de spectateurs, avec la possibilité, en cas de succès, de décliner la franchise à l’infini puisqu’on sait désormais que le MiB a des bureaux et des agents un peu partout à travers le monde.


Men in Black: International, de F. Gary Gray (Etats-Unis, Grande-Bretagne, 2019), avec Tessa Thompson, Chris Hemsworth, Liam Neeson, Emma Thompson, 1h55.

Publicité