«Un slameur, ça n'existe pas.» Il le dit d'autant plus volontiers, Bazengo, qu'il anime tous les deuxièmes jeudis du mois une nuit slam au Chat Noir de Carouge. «Un slameur, non, je ne vois pas. Mais un slam, oui.» Rappeur de 25 ans, né à Genève de parents rwandais, Bazengo parle de public qui devient acteur, d'ambiance, de communion. De types, aussi, qui grimpent sur scène juste pour se plaindre de la très mauvaise journée qu'ils viennent de passer, d'autres qui lisent un texte qu'ils n'ont pas écrit ni même rêvé. Dans le slam, il n'y a pas de slameur. Des humains, seulement, qui ont quelque chose sur le bout de la langue. Et dont ils se débarrassent quand l'occasion leur en est offerte.

Bazengo ne sera pas forcément au Salon du livre, ce samedi, pour la 1re rencontre des poètes de scène suisses. «Payer un billet d'entrée pour slamer, non merci.» Il a commencé vers 2002, avec des Lyonnais. Il était rappeur. Il l'est resté. «La différence, entre le slam et le rap, une question de sensibilité. Je redécouvre mes propres textes quand je les scande sans musique. Je pose des intonations ici, des onomatopées là. Des textes qui me fatiguaient finissent par revivre.»

Bazengo, comme Grand Corps Malade, n'est pas un nerveux; sa voix, contrebasse, met des frissons dans l'échine. Il dit des textes, comme «Si mes yeux pouvaient parler», qui paraissent travaillés à la chaux et au miel. Une grande plume qu'il refuse de voir imprimée, «parce que mes textes sont faits pour être prononcés». Antoine Cherix, 26 ans, dit L'Optimiste depuis qu'il scande ses rimes désespérées, accepte d'envoyer un ou deux slams par Internet. Ils parlent d'UDC méchant, de racisme ordinaire et de noëls kamikazes: «Oh merci mon cher Papa/Pour ce beau dico de droit/Il va m'être très pratique/Pour ma carrière de musique.»

L'Optimiste n'aime pas trop le rap. Il raffole de Bénabar, des Têtes Raides et de Brel pour faire bon poids. Il a connu le slam il y a presque deux ans, au Centre d'animation de la Cité à Lausanne. Depuis, il tient salon dans les soirées slam du Théâtre 2.21, une fois par mois. Il s'apprête aussi, avec Abstract Kompost et Lilitchi, ses compères en phrasé, à fonder la Société lausannoise des amateurs de mots. Tournois en perspective, avec d'autres équipes romandes. Et puis une foule de bonnes rimes à se refiler, peut-être par-delà les langues.

C'est la belle idée de: rubikon, association littéraire zurichoise, qui organise cette rencontre au Grand Café Littéraire du Salon du Livre. Faire venir des stars alémaniques du mouvement. Et les croiser à des voix romandes. «La performance compte beaucoup dans le slam. Je ne crois pas qu'il faille absolument comprendre le sens», précise Martin Otzenberger qui échafaude l'affaire. Depuis six ans, la Suisse alémanique connaît ses nuits de slam. Le Kairo à Berne, le Schiffbau à Zurich sont devenus des temples de l'oralité scandée où l'on se retrouve régulièrement pour taquiner la muse.

A Genève, le Saint-Gallois Etrit Hasler et le Zurichois Gabriel Vetter, qui a remporté une foule de prix en Allemagne, représenteront les microphones d'outre-Sarine. Et L'Optimiste, Jonathan, Pascal, Anuar slameront en français. Ils viennent du rap ou pas. Rédigent ou non. Ils choisissent en tout cas une écriture qui surgit de l'instantané. Une écriture minute. Dont les voix, longtemps, restent en tête.

Slam Poésie au Grand Café Littéraire. Sa 29 avril, 16h. Salon du livre et de la presse, Genève. http://www.salondulivre.ch.