Le génie est-il héréditaire? Nombre d’exemples tendent à infirmer l’hypothèse. Dans le cas Cronenberg, il y a un doute. Car Brandon, 32 ans, signe un premier film qui perpétue de troublante manière l’univers de son père. David a été le chantre des convulsions organiques avant de se concentrer sur les nœuds de l’âme. Le gamin retrempe les mains dans la sanie.

Le premier plan d’Antiviral frappe fort: un jeune rouquin livide, tout de noir vêtu, un thermomètre dans la bouche, se découpe sur une blancheur de Grand Nord. Ce fond nivéal est une affiche pour Lucas Clinic, qui propose à sa clientèle de contracter les maladies des stars pour entrer dans leur intimité. Un herpès de Hannah Geist, par exemple.

Avec les Cronenberg, la science-fiction entre dans le «biotechspace». Antiviral imagine le génie génétique en expansion anarchique dans une société qui a choisi la dictature du star-system. «Les stars ne sont pas des gens, mais des hallucinations collectives.» On trace le «profil pathologique» des vedettes, on entre en «communion biologique» avec elles. La vie et la mort de Hannah Geist sont un must absolu.

On trouve de la viande de star en boucherie: des cultures de cellules se développent en fibromes ternes que les fans consomment avec délice, eucharistie et cannibalisme à chaque bouchée. Sans illusion, Cronenberg Jr rappelle que les virus et les cancers survivront à leurs vecteurs.

Plastiquement splendide, intellectuellement brillant, d’une originalité conjecturale évidente, Anti­viral accuse quelques faiblesses mineures: personnages un peu creux, surabondance d’idées… Mais Brandon est le digne fils de son père – en compétition officielle, lui, avec Cosmopolis .