«Emotion et stupeur ont envahi le monde du cinéma après l’annonce de la mort de Claude Chabrol, dimanche 12 septembre», écrit Le Monde. Après la disparition de ce «boulimique, dans tous les sens du terme», dit France-Soir. Car «cette nouvelle-là, personne ne l’attendait. Le cœur a lâché, tout bêtement. L’œil goguenard malgré ses 80 ans, [il] dégageait une telle bonhomie, un tel allant dans la fréquence de ses tournages que le poids des années ne semblait guère l’inquiéter, d’après Le Devoir de Montréal. Le cinéphile, de son côté, continuait de voir en lui le joyeux anthropologue des travers de la bourgeoisie. Laquelle pourra enfin dormir sur ses deux oreilles, pour notre plus grand chagrin.» Mais la nouvelle vague est «orpheline», aux yeux de La Vanguardia.

«Le producteur lausannois Jean-Louis Porchet (CAB Productions) a collaboré trois fois avec Claude Chabrol et ne cache pas son blues à la mort de «ce gamin qui savait rire de lui-même», dit-il à 24 Heures. «Sur Merci pour le chocolat, en 2000, une amitié est scellée. «Nous discutions du projet, il me dit: «Elle existe toujours, la petite auberge à Crissier?» A la fin du repas chez Rochat, il apprend que son coproducteur envisage de tourner en Belgique. Blême, il me dit: «Tu fumes ton cigare, tu bois un cognac, tu me laisses réfléchir.» Il revient avec son script et une mention: «Sur une route de montagne…» La Belgique, c’était fini.»

Il y a beaucoup d’histoire de restaurants, sur le chemin de Chabrol. Car à table avec lui, «il se passait toujours quelque chose», écrit Le Parisien. Sur le site 7 sur 7, un patron d’Anjou est triste: «C’était un homme à part, à qui on pouvait se confier, il nous manque déjà. […] C’était un bon vivant, il aimait bien la bonne chère, le bon vin.» On admirait sa «bouille ronde», son «œil canaille» et ses «mots durs», dit Gala à propos de cette figure «cynique et débonnaire, tour à tour bonhomme et mal léché». Avec une «filmographie en dents de scie, faite de passages à vide et d’états de grâce, de navets assumés et de grands films qu’il sous-estimait», résume le portail canadien Cyberpresse.

Un «moraliste frondeur», selon le titre des Echos. Qui se servait, écrit la Tribune de Genève, «souvent d’histoires vraies et d’une réalité qu’il aimait subvertir pour mieux en dévoiler la face cachée. Dans l’un de ses derniers films, L’Ivresse du pouvoir, en 2007» – que France 2 a diffusé dimanche soir – «il s’inspirait de l’affaire Elf. Le personnage d’Huppert y est un calque de la juge Eva Joly, qui n’a pas apprécié». Car ce qu’il aimait pourfendre, c’étaient les «scandales étouffés sous une respectabilité de façade, n’hésitant pas à forcer le trait jusqu’à la limite de la noirceur absolue», analyse Le Point. Une «passion irrévérencieuse, mélangeant sans façon art et commerce, profondeur et facilité, érudition et plaisanterie», renchérit Le Figaro. Un «impétueux», résume Il Giornale, avec des œuvres qui «ciblaient surtout la bourgeoisie française», «le réalisateur était habile à mettre en scène les hypocrites, la violence et la haine cachés», comme le pense aussi le New York Times.

D’ailleurs, «suite à ses nombreux films policiers, il a souvent été comparé avec Alfred Hitchcock», selon Le Quotidien du peuple chinois. Et en Allemagne, Stern titre: «Le Hitchcock français» à propos de celui qui racontait ces «belles histoires de vies fausses», selon les mots de la Stuttgarter Zeitung. C’était un «anatomiste» bardé d’un «scalpel», selon un blog du Guardian. Une fine gueule d’une intelligence redoutable – «un géant», dit l’Independent – qu’évoqueront, ce lundi sur France 3, Frédéric Taddeï et ses invités, pour le grand retour de Ce soir (ou jamais!).

«Lorsqu’en mai 87, rappelle Première, le journal Libération – pour lequel «la France perd son miroir» – avait demandé à 700 cinéastes du monde entier «Pourquoi filmez-vous?», la réponse de Claude Chabrol tenait en quatre points. «Une part d’infantilisme: construire un univers parallèle avec ses lois propres et ses miracles. Une part d’idéalisme: moraliser cet univers à outrance […]. Une petite part de cynisme […]. Une grosse part d’humour: tout cela en définitive doit être capable de nous faire rire. Je filme parce que je m’éclate en filmant.» La méthode Chabrol était résumée en 25 lignes.»

Alors? Bonjour tristesse? Non: «Que la joie de Chabrol demeure», conclut Télérama.