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chronique Policiers

Merci pour le voyage!

ll y a des romans, trop rares, qui vous transportent dans des labyrinthes dont on n’a aucune envie de sortir, des univers somptueusement bizarres qui semblent plus réels que le nôtre.

Policiers

Il y a des romans, trop rares, qui vous transportent dans des labyrinthes dont on n’a aucune envie de sortir, des univers somptueusement bizarres qui semblent plus réels que le nôtre. La dernière page tournée, on cherche ses adjectifs (éblouissant? flamboyant?) et on se dit: merci du voyage! Dans les limbes, du peu prolifique Jack O’Connell, est l’un de ces récits inclassables qui tiennent du thriller, de la SF et du conte initiatique. Un pharmacien, Sweeney, est engagé par une clinique spécialisée dans le traitement du coma. Neurologue passionné, son patron, le Dr Peck, a la réputation de maîtriser des techniques de réveil efficaces, mais sans doute illégales. Sweeney espère que le médecin parviendra à réveiller son fils Danny, 6 ans, plongé dans le coma suite à un mystérieux accident. Sa femme s’est suicidée après le drame et Sweeney, insomniaque, irritable, est au bout du rouleau. A ce canevas, le romancier ajoute des intrigues parallèles surprenantes. Une bande de motards drogués, réfugiés dans une ancienne usine de prothèses avec pour égérie une lascive infirmière, semblent d’abord menacer Sweeney puis se liguent pour l’aider dans sa quête. Et, surtout, il y a les émouvants personnages de la bande dessinée Limbo, que le pharmacien lit régulièrement à son fils: des monstres de foire, expulsés d’un cirque. Il y a la fille-homard, la femme-hippopotame, l’hermaphrodite, les frères siamois, et le garçon-poulet au cœur pur, à la recherche du père qu’il n’a jamais connu… Peu à peu, le monde des Freaks de Limbo va se mêler au récit principal, le refléter et le contaminer. O’Connell multiplie malicieusement les points de vue pour s’interroger, sans jamais nuire au plaisir de la lecture, sur les pouvoirs de la fabrication d’une histoire. Merci du voyage, quand est-ce qu’on repart?

***

Encadreur de tableaux, Georges est un célibataire mou qui se définit comme un homme d’inaction. Dans le métro, il rencontre une drôle de fille, muette au corps meurtri, qui erre en état de choc. Elle le suit, s’installe chez lui. Entre l’homme catatonique et la jeune femme mutique, qu’il a baptisée Lila, s’installe une relation chaste et tendre. Ils communiquent par écrit, noircissent des cahiers numérotés. Mais on les dénonce à la police. Georges est arrêté, soupçonné d’enlèvement et de séquestration, cependant que les enquêteurs désespèrent de faire parler Lila, «captive» sans identité dont les empreintes ne figurent sur aucun fichier. Quel est son secret? Pourquoi les policiers reçoivent-ils soudain l’ordre ministériel de laisser tomber cette étrange affaire? La Femme interdite, du journaliste Serge Raffy, est un court et prenant récit, à l’écriture sobre et imagée. Les personnages qu’il cerne avec empathie sont des hypersensibles, ces êtres «approximatifs», selon Tristan Tzara, qui passent leur vie à tenter de rassembler leurs miettes. Raffy suggère que certains y parviennent, et que le cœur a des raisons que la raison d’Etat ne connaîtra jamais.

Qui ? Jack O’Connell
Titre: Dans les limbes
The Resurrectionist
Langue: Trad. de Gérard de Chergé
Chez qui ? Rivages, 368 p.

Qui ? Serge Raffy
Titre: La Femme interdite
Chez qui ? Fayard, 208 p.

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