Le RIAS Kammerchor de Berlin, c’est l’un des meilleurs chœurs en Allemagne. On a pu s’en convaincre dimanche, à l’occasion d’un concert au Victoria Hall de Genève aux côtés des sœurs pianistes Dördüncü. Le programme était pour le moins insolite, avec d’une part les Liebeslieder-Walzer opus 52 et 65 de Brahms, d’autre part une œuvre contemporaine du compositeur zurichois Nik Bärtsch très applaudie par le public.

Ce que l’on admire, c’est la fusion et la justesse des voix. Menés par le jeune chef Florian Helgath, les choristes chantent avec une magnifique musicalité. Les voix d’hommes, aux ténors clairs et éloquents, s’exclament avec expressivité dans «O die Frauen!». Les voix de femmes sont douces et tendres par moments. Puis le ton s’anime à nouveau pour des emportements fougueux sur l’accompagnement rythmé et coloré des pianistes Bahar et Ufuk Dördüncü. Si la plupart des lieder sont chantés en groupe, plusieurs membres (très bons dans l’ensemble) se détachent du chœur pour chanter en solo ou en duos.

Du texte parlé au texte chanté

Après l’entracte, ces mêmes choristes défendaient AIM – Ich gehe du compositeur zurichois Nik Bärtsch, né en 1971. Loin d’être hermétique, l’œuvre est tout à fait audible et accessible. Elle repose sur des textes en allemand et en anglais de Heiner Müller (Traumtexte), Shakespeare (avec des références au Roi Lear) et de l’une des filles du compositeur. Nik Bärtsch s’interroge ici sur la vie et la mort et sur les rapports qui unissent un père à sa fille. L’énoncé des textes induit une rythmique qui fait partie de la musique. On y trouve une alternance de texte parlé (comme au théâtre) et de texte chanté, parfois les deux en même temps, ce qui suppose une grande synchronisation des voix.

Cette façon de traiter le texte comme matière vocale évoque le travail d’un Heiner Goebbels. Les choristes interviennent en individus et en petits groupes, se répondant les uns aux autres. Ils frappent parfois dans les mains et émettent des sons semblables à des onomatopées.

Interprètes de premier ordre

Certains passages sont d’une grande poésie, avec des voix suspendues pianissimo sur des harmonies modales un peu mystiques. D’autres sont clairement inspirés du jazz et des musiques africaines: l’écriture devient alors un peu stéréotypée mais produit son effet sur le public qui se laisse emballer par les rythmes. Sans être révolutionnaire, AIM – Ich gehe dégage une certaine magie émotionnelle et bénéficie d’interprètes de premier ordre. Les sœurs Dördüncü (jouant sur des deux pianos, avec des modes de jeu parfois percussifs) participent au succès de la soirée, magnifiquement investies dans cette aventure.