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Une ronde des saisons ne dure pas 365 jours et 8 heures. Mais plutôt, découvrent les scientifiques de l’époque, 365 jours, 7 heures, 48 minutes et 46 secondes.
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Livres

Mesurer le temps: les bugs de l'Histoire

Dans un livre amusant, Olivier Marchon raconte l’histoire chaotique de la mesure du temps. De l’année aux 445 jours sous Jules César au 30  février 1712 en Suède, la saga ne manque pas de rebondissements

A l’heure des horloges atomiques, la mesure du temps pourrait être une science exacte. Elle l’est presque. A preuve les discussions actuelles sur le maintien ou la suppression des secondes intercalaires, ajoutées aux horloges de référence lorsque la Terre ralentit ses rotations sous l’effet des vents, des marées ou des mouvements internes de son noyau. Le comptage du temps n’est pas fiable à 100% parce que le monde ne l’est pas.

Les êtres humains non plus. Notre calendrier a beau égrener ses pages sur un rythme imperturbable, il est en réalité le résultat d’une somme incroyable d’erreurs, corrections, ajustements, bonds en avant ou en arrière qui ont créé plus d’une situation digne d’un roman de science-fiction.

Une nuit interminable

C’est ce que raconte dans son dernier livre l’auteur et réalisateur Olivier Marchon, Le 30 février. Et autres curiosités de la mesure du temps. En une vingtaine de petits chapitres, l’ouvrage nous rappelle à quel point l’établissement d’un calendrier et d’une heure fiables a été une aventure à rebondissements multiples.

Une année a par exemple compté 445 jours. C’était en 46 avant J.-C. Lassé des calendriers erratiques qui prévalaient alors, Jules César demande conseil à l’astronome d’Alexandrie, Sosigène. Celui-ci assure à l’empereur qu’une année solaire dure 365 jours et un quart, non juste 365 jours comme le croyaient alors les astronomes romains. César introduit ainsi un nouveau calendrier en le calant sur les équinoxes et en le faisant partir un 1er janvier au lieu du mois de mars. Mais cela implique d’ajouter trois mois intercalaires au nouveau calendrier «Julien», nommé en hommage au grand Jules, si bien que l’année 46 avant notre ère a eu au total 445 jours.

Il s’est aussi trouvé une nuit qui a duré du 4 au 15 octobre 1582. Car les calculs de Sosigène n’étaient pas si précis que cela. Une ronde des saisons ne dure pas 365 jours et 8 heures. Mais plutôt, découvrent les scientifiques de l’époque, 365 jours, 7 heures, 48 minutes et 46 secondes. Autrement dit, le calendrier julien retarde chaque année de 11 minutes et 46 secondes par rapport à la course du Soleil.

Irréductibles Grisons

Seize siècles après la décision de César, le décalage est désormais de plusieurs jours. Le pape Grégoire XIII introduit du coup un nouveau calendrier, dit «grégorien», toujours en vigueur. Mais la mesure implique la suppression d’une bonne poignée d’heures, qui interviendra à l’automne 1582. Sainte Thérèse d’Avila est ainsi morte pendant la nuit du 4 au 15 octobre, stigmate supplémentaire infligé par les errements de la mesure du temps.

Le 30  février 1712 en Suède? Le calendrier grégorien ayant été introduit par un pape catholique, les pays protestants font un temps la sourde oreille, s’en tenant toujours au décomptage julien. Puis ils cèdent les uns après les autres. Même si les villages protestants de Schiers et Grüsch aux Grisons résistent jusqu’en 1812. Les Suédois se décident au début du XVIIIe siècle. A leur manière, sans heurt, en supprimant les 29 février des années bissextiles sur quarante années. Mais ils oublient leur résolution à l’occasion d’une guerre contre le Danemark, la Pologne et la Russie. Puis optent pour un retour au calendrier julien. Lequel se retrouve avec un jour d’avance, qui sera compensé en 1712 par l’introduction d’un 30 février.

Olivier Marchon nous conte aussi les deux midis du 18 novembre 1883 aux Etats-Unis, la semaine de cinq jours sous Staline, les 13 vendredis 13 du fumeux calendrier universel, la suppression du 30 décembre 2011 dans les îles Samoa ou le possible bug informatique du mardi 19 janvier 2038, lorsque les horloges du système d’exploitation Unix, en bout de course, pourraient revenir à 1901. Autant de déchirures calendaires qui permettent d’apercevoir, au loin, le fleuve du temps. Son cours paraît balisé de méandres, boucles et dérivations. Mais ce n’est qu’un mirage. Il est en fait aussi rectiligne qu’invisible, se fichant bien des tentatives de mesurer son débit.


A lire: Olivier Marchon, "Le 30 février. Et autres curiosités de la mesure du temps", Seuil, 176p

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