Scènes

«La métamorphose» de Kafka, version soft et délicate

A Genève, deux jeunes artistes livrent une vision douce de la sombre nouvelle de l’écrivain tchèque. Intéressant, mais un peu trop flottant

Que suscite chez vous La métamorphose, de Franz Kafka? Un dégoût, une tristesse, un puissant sentiment d’injustice et d’accablement? Alors, vous serez surpris par la version délicate qu’en donnent Lou Golaz et Eliot Sidler, à L’Etincelle, à Genève. Pour ces deux artistes issus du Théâtre du Loup, les lignes de ce récit ne sont pas sombres, ni tranchées, mais fluides et en constante redéfinition. Leur Grégoire Samsa reste beau après sa transformation et, autour de lui, la famille promène sa mélancolie sans grandes démonstrations. C’est un peu Kafka sur un sofa, à la Jonction. Intéressant, mais tout de même trop flottant pour convaincre tout à fait.

Ils ont 21 et 22 ans. Autant dire que Lou Golaz et Eliot Sidler, comédienne et danseur, témoignent déjà d’une immense maturité. Leur idée? Donner une vie à Grégoire Samsa avant sa métamorphose et conserver ce principe de routine pendant tout le spectacle. La scénographie contribue également à cette impression. Vincent Burais représente les trois chambres de l’appartement familial en ne conservant que la structure des murs. Orthogonal et transparent, son décor renforce le caractère posé de l’aventure.

Dans notre rubrique Livres: «Kafka était en état de révolte permanente»

Insecte géant

Mais l’élément le plus évocateur de cette lecture, c’est la métamorphose de Grégoire Samsa. Après avoir tranquillement dîné avec sa sœur Grete (Maya Beerli, violoniste de 17 ans) et ses parents (Marie Probst et Olivier Sidore), le jeune homme interprété par Eliot Sidler est d’abord recouvert d’argile par le narrateur (Lino Eden, qui interprète plus tard le fondé de pouvoir et le locataire). Puis, il tombe à quatre pattes, bras et jambes écartés, à la manière d’un insecte géant. C’est très beau, très graphique, chaque muscle du dos jouant sa partition à la perfection, mais le jeune danseur est loin de ressembler à une vermine repoussante…

Pics d’intensité

Du reste, après avoir défailli de stupeur à la vue de leur fils transformé, les parents retournent à leur quotidien avec, pour seul changement, le fait qu’ils doivent désormais gagner l’argent que Grégoire leur ramenait auparavant. On ne sent pas d’émoi plus profond. Il y a bien des parenthèses dans lesquelles les corps expriment leur désarroi. Ce moment, par exemple, où la mère court sur place et crie en écoutant le très lyrique Under Pressure, du duo Bowie/Mercury. Ou le passage dans lequel le père repousse violemment le fils-vermine avec une chaise-bouclier. Mais suite à ces pics d’intensité, le calme revient dans la maison et la mise en scène ne cherche pas à maintenir la tension. C’est un choix, il est risqué.


Métamorphose, jusqu’au 2 février, à L’Etincelle, Maison de quartier de la Jonction, Genève.

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