«Il s'agissait d'imaginer une technique nouvelle», écrit Cesare Brandi dans le petit texte qu'il consacre en 1946 à la reconstitution d'une fresque de Lorenzo da Viterbo, détruite par un bombardement. Le premier souci du fondateur de l'Institut central de la restauration est d'ordre topographique: récupérer les fragments en conservant au maximum la position qui était la leur sur la voûte de la chapelle Mazzatosta de Santa Maria della Verità à Viterbe.

L'idée, qui s'inspire de l'archéologie, fut de quadriller le plan de la chapelle et de faire correspondre à chaque carré une caissette dûment numérotée. Et même doublement numérotée, car il fallut aussi tenir compte des strates. Une caissette ne pouvant en contenir qu'une seule, il arriva souvent que plusieurs caissettes (désignées par des lettres) correspondissent à un seul carré.

Tout cela est plus facile à dire qu'à faire: tel fragment peut avoir été soufflé par l'explosion. Une fois les fragments classés selon leur provenance présumée, 20 000 pièces en l'occurrence, il fallut ensuite procéder à leur identification. Un vrai casse-tête: Brandi ne disposait que d'une médiocre et incomplète documentation photographique en noir et blanc.

«Souvent, nous avons mis des mois avant de comprendre de quel côté un fragment devait être regardé», écrit le théoricien de la restauration. La recomposition des fresques de Lorenzo da Viterbo a cependant fini par aboutir. Mais Brandi reconnaît qu'il aurait été impossible de recomposer une telle masse de fragments, aussi minuscules et aussi illisibles, s'il n'avait pas pris ce qu'il appelle des «précautions topographiques».