2017-2020: on se frotte les yeux, tellement la séquence paraît, à nous qui sommes en train de la vivre, renversante. Il y a d’abord eu, dès octobre 2017, la vague #MeToo qui mettait fin au silence sur les abus sexuels dans le cinéma d’abord puis dans tous les milieux. Les femmes ont parlé et on les a écoutées. Leur parole avait du poids, elle devenait agissante. Par cet impact, c’est toute la longue lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes qui gagnait une audience renouvelée, élargie, transgénérationnelle. La vague n’est pas retombée. En juin 2019, la grève des femmes, en Suisse, a suscité une mobilisation historique. Les élections fédérales d’octobre 2019 en ont porté la marque, très violette.

Alertes rouges

L’année 2020 sortait tout juste de l’hiver quand la pandémie a tout gelé. Les alertes rouges des militants pour le climat prenaient corps. A peine le confinement terminé de ce côté-ci de l’Atlantique que des foules déterminées s’insurgeaient, à Minneapolis, contre le meurtre ignoble de George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, étranglé durant près de neuf minutes par le genou d’un policier. Depuis le 26 mai, jour du drame, la vague n’est pas retombée et a gagné le monde, Suisse comprise. Aux Etats-Unis, ce qui frappe, c’est la présence des Blancs dans les manifestations. Une première qui indique à la fois la profondeur du problème racial américain et l’importance historique de ce qui est en train de se jouer.

Une bibliothèque, la nuit

Ce qui frappe aussi, c’est l’implication des jeunes, moteurs pour les femmes, pour le climat et contre le racisme. Ils prennent la tête de cortèges qui remontent loin dans l’histoire. Au cœur de ces renversements, ce sont les voix des femmes et des hommes qui ont lutté, et qui, très souvent, ont écrit, qui remontent. Les combats d’aujourd’hui s’en nourrissent. Une image en particulier me revient, celle qu’affectionne Alberto Manguel, historien de la lecture: celle d’une bibliothèque, la nuit. A marcher devant les rayonnages, on entend, dit-il, les voix de ceux qui n’en ont pas ou qui n’en ont plus.


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