Voyage 

A Miami, le mariage de l'art et de la mode

Banlieue glauque devenue îlot branché, le Design District rêve d’incarner une avant-garde contemporaine où les galeries d’art côtoient les boutiques 
de luxe. Une réussite sur papier glacé, mais qui manque 
encore de vie

Le gros-porteur déploie ses ailes et met le cap sur l’Atlantique. Enorme oiseau d’aluminium et d’acier, le Boeing 777 de Swiss dessert Miami pour la première fois – un vol auquel nous a conviée la compagnie. A son bord, quelque 340 passagers avides de troquer la grisaille automnale pour la douceur des tropiques. Les dix heures de vol au-dessus de l’immensité bleue s’écoulent paisiblement. Dans leur petite enclave privée, les passagers business et first dégustent des mets signés par des chefs venus de St-Gall. Le service est attentionné, discret, les hôtesses souriantes.

A l’arrivée, l’humidité emplit les poumons. Une brise tempétueuse balaie le tarmac. L’ouragan n’est pas passé loin. «Welcome to Miami»: le groove de Will Smith résonne. Il évoque le décor de Miami Vice, les péripéties des deux flics gominés un brin ringard, la plastique de rêve des naïades allongées sur la plage. Pourtant, la ville n’est plus seulement une station balnéaire ouverte sur les Caraïbes, la plaque tournante de la cocaïne colombienne du temps de Pablo Escobar ou encore la capitale d’un «Etat hallucinogène» avec excès de bling-bling qui donne le tournis.

Non, depuis quelques années, Miami se rêve épicentre de la création contemporaine et du luxe branché. Loin des hôtels de Collins Avenue et du bouillonnement de Lincoln Road où l’espagnol venu de Colombie, de Cuba, et, plus récemment du Venezuela, domine le paysage. Où donc alors? Entre la 36e et la 43e rue, dans un nouveau quartier baptisé Design District, imaginé par le promoteur immobilier Craig Robins en 2000 et sorti de terre deux ans plus tard. Banlieue glauque devenue îlot branché, le Miami Design District dit la «gentrification» à lui tout seul. Dopé par la foire d’art contemporain Art Basel, le DD, comme on le surnomme ici, s’offre à la découverte.

Carré d’or

Pour l’atteindre, on abandonne ses rollers sur le sable et on s’embarque sur l’autoroute 195, serpentin de bitume qui sépare South Beach de Miami Downtown. «L’endroit s’est métamorphosé», nous lance le chauffeur de taxi en cours de route. «Les promoteurs investissent à fond.» Au sud de la ville, les blocs dessinent un carré d’or, un écrin luxueux où se côtoient haute couture, beaux arts et architecture. Sur les mètres carrés bon marché des anciennes baraques pavillonnaires se dressent aujourd’hui des artères proprettes bordées de palmiers et d’acajous. D’emblée, le nouveau quartier tranche avec ses voisins: le dénuement de Lemon City (Little Haiti), l’ambiance résidentielle de Buena Vista East et la fièvre nocturne de Wynwood. Le DD, c’est aussi une photographie des inégalités croissantes aux Etats-Unis.

Mais la mue n’est pas tout à fait achevée. Tout autour du quartier, terrains vagues et lignes de chemin de fer abandonnées se succèdent. Dans certaines allées, des grues et des casques orange s’activent encore autour des tranchées béantes. On plisse les yeux pour éviter la poussière qui tournoie dans l’air lourd. A l’exception des nettoyeuses qui s’affairent à lustrer les vitrines flambant neuves et des vendeurs qui déambulent en tailleur noir, les rues sont peu fréquentées. «C’est encore trop tôt», nous glisse une Colombienne au sourire avenant. Désert? Le quartier qui ambitionne de faire cohabiter l’art et la mode ne cesse pourtant de revendiquer son existence: des logos du DD ornent les murs et des guides distribuent des plans du quadrillage balisé en couleurs.

Haute couture

Pensé comme un centre commercial à ciel ouvert, le Design District est parvenu à attirer à lui les plus grandes marques. Le dédale d’avenues fait la part belle à la haute couture française. Dior, Hermès, Louis Vuitton, Céline ou encore Christian Louboutin: toutes sont au rendez-vous, abritées dans des écrins architecturaux atypiques et modernes, alvéolés ou matelassés. D’autres maisons comme Longchamp ou Zadig & Voltaire s’implantent également. Sans oublier les marques comme Tod’s ou Tiffany’s. Au détour d’une vitrine, on bute sur d’imposantes sculptures. Un bonbon géant aux couleurs des Etats-Unis réalisé par Laurence Jenkell. Ou encore la Maternité voluptueuse de l’artiste colombien Fernando Botero.

Au cœur du quartier, se dresse le Palm Court, un espace entouré par un majestueux bâtiment de verre bleuté, œuvre de l’architecte japonais Sou Fujimoto. Au centre, le dôme géodémique de l’Américain Bunkminster Fuller, immense boule à facettes alvéolée, baigne dans une fontaine. Plus loin, un buste de Le Corbusier, stylo à la main, surplombe la place. Réalisée par le Français Xavier Veilhan, la sculpture bleu pâle illustre les multiples facettes de la vie de l’architecte suisse. Les amateurs de montres se retrouveront dans ce coin qui héberge Hublot, Jaeger-LeCoultre ou encore Piaget. En passant, on grignote un muffin au café Mercato, assis sur des balançoires florales.

Collections privées

Le Miami Design District donne aussi l’occasion de découvrir des collections privées, celle de la famille Rubell ou de Craig Robins entre autres. Au Nord du DD, le couple de mécènes Rosa et Carlos Cruz a pris ses quartiers sur deux étages pour exposer ses trésors d’art contemporain. A découvrir: les formes fluorescentes d’Aaron Curry, les bougies d’anniversaire géantes de Kathryn Andrew ou encore les installations florales de Jim Hodges.

Le quartier vit au rythme des expositions temporaires. A ne pas manquer: la galerie Markovicz qui expose notamment les tableaux d’Alain Godon, les sculptures de Richard Orlinski, l’art numérique du Lillois Phil Macquet qui intègre des puces électroniques à ses peintures ou encore les œuvres street-art de Bambi, surnommée «The Female Banksy». Pour les pieds épuisés, le studio de yoga Ahana, situé entre la 38e rue et la 1e NE Avenue, est propice à la relaxation.

A l’approche de 2017, le site internet du DD se réjouit de l’arrivée d’une quantité de nouvelles marques et de restaurants gastronomiques. Pour ne pas oublier que le design continuera à être la «pierre angulaire du quartier», il annonce également les expositions à venir d’Armani et de Fendi Casa, de Holly Hunt, de Lladró, de Luminaire, de The Rug Company et de Vitra. A l’arrivée, on a le sentiment que le pari de la renaissance peine à tenir ses promesses. Pensé comme un tremplin pour les jeunes créateurs, le DD ressemble pour l’instant davantage à un temple du shopping de luxe qu’à une ruche foisonnante et éclectique.


Y aller

Depuis Genève avec escale à Zurich, plusieurs vols par semaines avec Swiss à partir de 1100 francs environ.

Y dormir

Luxe: Situé sur Collins Avenue, l’hôtel Setai offre un havre de tranquillité dans une ambiance orientale raffinée. Trois piscines, SPA et descente de plage, le tout avec un staff aux petits soins. Possibilité de louer des chambres à l’année dans la résidence.

Petit budget: Pour une ambiance relax ou fiesta d’étudiants à petit prix, posez vos valises à l’auberge HI Miami Beach, toujours sur Collins Avenue. Décoration sobre et accueillante, chambres propres et cuisine commune équipée. Simple et efficace.

Y manger

Design District: Pour un wrap et une salade sur le pouce ou un brunch en famille, rendez-vous au Lemoni Café. Pour un dîner aux chandelles, préférez la taverne du Cypress Room qui propose un grand choix de viandes grillées.

Miami Beach: Avec sa terrasse panoramique, le restaurant Juvia offre un trio de cuisines française, japonaise et péruvienne. Ambiance cosy et verdoyante.

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