Samedi Culturel: Ce roman est-il entièrement autobiographique?

Mian Mian: Ce n'est pas une autobiographie. C'est une œuvre de fiction, mais j'ai largement puisé dans mon expérience personnelle pour créer mes personnages à partir de la réalité. Je ne crois pas qu'une jeune femme de 30 ans puisse être assez mûre pour déjà écrire son autobiographie!

Quel bilan votre génération fait-elle de la Révolution culturelle?

Je fais le même bilan que celui de la presse officielle car je n'ai pas vécu moi-même cette période. Mais d'après ce que j'en sais, et d'après ce que l'on m'a raconté, je trouve que ce fut une période effrayante.

Comment les jeunes écrivains sont-ils traités en Chine, aujourd'hui?

Ils ne sont ni bien traités ni maltraités. Ils sont plutôt ignorés par les autorités. En fait, ils bénéficient d'une plus grande liberté pour écrire qu'on ne le croit. Le gouvernement ne les empêche pas d'écrire, pas plus qu'il ne les encourage: il ne s'intéresse qu'aux écrivains qui soutiennent le Parti.

Avez-vous lu «Shanghai Baby»?

Bien sûr. Je connais bien son auteur.

Qu'en pensez-vous?

C'est un très mauvais livre. Weihui m'a imitée, elle m'a largement copiée. Mais le problème de fond n'est pas là. La raison principale de mon rejet, c'est qu'elle ne respecte pas ses lecteurs. Elle n'a pas vécu ce qu'elle raconte. Tout sonne faux sous sa plume. Ce qu'elle écrit est de la toilet-fiction. Elle ne connaît rien à la vie réelle de Shanghai. Elle n'a aucun talent dans deux domaines: celui des hommes et celui de la littérature. Son succès en Chine vient seulement du fait qu'elle a osé écrire dans un langage vulgaire et pornographique qui choque les lecteurs. C'était son seul but: racoler comme une pute.

Comment avez-vous réagi lorsque Gao Xingjian a obtenu le prix Nobel?

Il m'est difficile de répondre. Je ne l'ai pas lu, et je ne crois pas aux prix littéraires. Les seuls romans d'auteurs nobélisés que j'ai lus, et beaucoup aimés, sont La Route des Flandres de Claude Simon et L'Etranger de Camus.