Samedi Culturel: Quel bilan faites-vous de la Révolution culturelle?

Weihui: Je pense que ça a été une période de fièvre intense. Je n'ai pas d'idée particulière sur le sujet, ça ne m'intéresse pas d'en faire le bilan. Cela concerne mes parents et mes grands-parents. Pour la jeune génération, la Révolution culturelle est plouc. On n'en parle jamais entre nous! Par contre, ma mère vénère Mao, c'est sa plus grande idole.

Comment avez-vous réagi au Nobel de Gao Xingjian?

Ah! Enfin on me pose cette question! Quand Gao a eu son Nobel, un journaliste de la télé de Hongkong m'a téléphoné pour connaître mes réactions et je lui ai répondu: «C'est qui, ce Gao?» Je suis restée sans réaction pendant cinq minutes. En Chine, personne ne le connaît. Ensuite, un ami américain m'a envoyé des informations sur lui, par mail. J'ai donc appris qu'il avait notamment écrit du théâtre d'avant-garde, mais en Chine on ne trouve pas ses œuvres. Quand je suis allée à Hongkong, j'ai acheté trois de ses livres, dont La Montagne de l'âme. Ce sont de très gros ouvrages que je n'ai pas lus entièrement. Je trouve que les situations qu'il décrit sont bien lointaines pour les gens de ma génération. Mais ce que j'aime chez lui, c'est la conscience du mouvement. Je l'admire parce qu'il a persisté à écrire malgré l'adversité. C'est un homme respectable. Je suis fière pour lui, il représente une victoire de la langue chinoise: le monde reconnaît enfin sa beauté.

Avez-vous lu «Les Bonbons chinois»?

Pas entièrement. Je l'ai feuilleté en lisant certains passages par-ci par-là. Mian Mian a sa spécialité, elle peut encore progresser au niveau de la technique. Si un écrivain ne fait que raconter sa propre histoire, cela n'est pas suffisant à mon sens.