Témoignage

Michael Drieberg: «Johnny était d'une extrême timidité»

Le directeur de Live Music Production a organisé pendant trois décennies les concerts suisses du rockeur. Il se souvient d’une star humaine, qui plaçait le respect de son public au-dessus de tout. Son témoignage

«Je fais tourner Johnny depuis trente ans. Il a toujours été mon porte-bonheur. J’ai organisé avec lui mes premiers concerts et, depuis lors, partout où des lieux se sont ouverts en Suisse romande, que cela soit l’Arena et le Stade de la Praille à Genève, Forum Fribourg, les Jeunes-Rives à Neuchâtel ou Tourbillon à Sion, Johnny nous a fait l’amitié de nous suivre et d’inaugurer ces endroits. C’est quelqu’un qui a marqué toute la Suisse romande, car il n’y a pas un gros lieu où il n’a pas chanté. Pendant ces trente années, il a changé plusieurs fois de producteur, de maison de disques et de manageur; mais malgré tous ces changements, qui sont souvent synonymes de fin de collaboration pour les gens avec lesquels l’entourage ne veut plus travailler, il nous est toujours resté fidèle.

«Johnny était grand, costaud, et avec ses yeux transparents il dégageait quelque chose qui pouvait le faire passer pour hautain. J’ai mis dix ans avant d’oser lui demander une photo. Mais dans le fond, il était surtout d’une extrême timidité. C’est des fois lui qui n’osait pas parler aux gens. Dès le moment où on avait compris ça et cassé la glace, on se rendait compte qu’il était sensible. Ce qui m’a surtout frappé, c’est qu’il savait écouter. Souvent, quand on se retrouve au restaurant avec des stars, on ne fait que les écouter.

«Johnny, lui, écoutait les gens, il leur portait de l’attention; il avait une grande humanité. Il donnait l’impression de partager quelque chose, d’être plus qu’un chanteur. Mais en même temps, je devais toujours rappeler à mes équipes que ce n’était pas parce qu’il était sympa avec eux que c’était pour autant un copain. Il donnait cette impression d’être proche de vous, mais il ne fallait quand même pas oublier que c’était une méga-star. Quand je suis allé pour la première fois dans les bureaux de Clear Channel à Los Angeles, qui était à l’époque la plus grosse boîte de production avant de devenir Live Nation, ils avaient un hall of fame avec les plus grandes ventes d’albums au monde. On y trouvait Elvis, les Beatles et Michael Jackson, puis en descendant vers la quinzième place environ, au niveau des 110 millions d’albums écoulés, on trouvait Johnny. Et ce qui est incroyable, c’est que ces 110 millions de disques, il ne les a pas vendus comme les autres dans le monde entier, mais dans trois pays essentiellement, la France, la Belgique et la Suisse. Pendant un demi-siècle, il aura marqué trois générations de personnes, qu’on l’aime ou non. C’est pour cela que sa disparition marque tant.

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«On dit toujours des stars qu’ils sont proches de leur public, encore faut-il le prouver. Johnny avait, lui, un tel respect que le public le sentait vraiment. C’est pour cela que l’histoire entre lui et ses fans va bien au-delà des concerts.

«Ça me rappelle une anecdote. Lorsque dans les années 2000 il avait arrêté de chanter pendant pas mal de temps suite à un premier accident, on était tous descendu à Saint-Etienne pour son concert de retour. Vers 4 heures du matin, on s’est retrouvés pour un débriefing au bar de l’hôtel. A l’autre bout de ce bar, il y avait les jeunes musiciens qu’il avait intégrés pour cette nouvelle tournée. A un moment, il y en a un qui avoue avoir fait une fausse note. Un autre lui répond que ce n’est pas grave, que personne n’a entendu. Johnny est tout de suite allé leur parler: «Vous êtes jeunes, je vais vous apprendre une chose. On ne dit jamais ça. Le public est venu pour vous, il a payé, il vous respecte. Ne dites jamais que faire une fausse note, ce n’est pas grave, et arrangez-vous pour ne pas la refaire le lendemain.» Ça m’a bluffé. Le type a vendu 110 millions d’albums, c’est 4 heures du mat, il revient de maladie, et il va interrompre une conversation autour d’une fausse note. Ça montre bien le respect qu’il avait de son public.»

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