Vous ne voyez aucun lien entre Grand Corps Malade et les Bee Gees? C’est que vous n’avez pas encore vu En concerts, deuxième spectacle de Michael Gregorio, petit prince de l’imitation française qui vient de faire salle comble au Bataclan à Paris pendant trois mois. Lancé à 16 ans en 2001 en gagnant deux fois l’émission de télévision Graines de star, celui qui se nomme lui-même «petit corps valide» propose un véritable show musical qui va du plus soft au plus rock et restitue des dizaines de voix célèbres, parmi lesquelles celles, mythiques, de Jacques Brel, Louis Armstrong, Michael Jackson et Kurt Cobain.

Durant sa tournée de 2013 qui passe bientôt par Lyon et Annecy, le prodige de 28 ans sera à Genève en juin et au Théâtre du Jorat, à Mézières, en septembre. Un poids plume qui fait du lourd.

Comment Michael Gregorio s’y prend-il pour chanter exactement en même temps que Jacques Brel qui apparaît dans son dos dans une archive filmée? Etrange, d’ailleurs, cette double interprétation d’Amsterdam avec la voix brélisée de Gregorio épousant à la perfection les mouvements de lèvres du chanteur colossal. La performance est bluffante, mais comme la doublure n’égale pas l’original, l’opération déroute un peu. Pourtant, c’est ainsi: à côté des vannes qu’il délivre avec délice sur Mylène Farmer, Vincent Delerm ou les BB brunes, l’imitateur tient à rendre hommage à ses maîtres. La preuve, plus tard, avec She’s Out of My Life de Michael Jackson. Celui qui, né en 1984 à Mulhouse, porte peut-être ce prénom en lien avec la star s’assied sur scène de trois quarts, arbore le même pull bleu que son modèle projeté en vidéo et renouvelle l’exercice de mystification. Là, pas question de couper la chanson ou de changer les paroles comme il le fait dans d’autres séquences du spectacle. La voix reproduit les vibratos insensés de Michael, ses aigus célestes et la réplique reprend les gestes de l’icône au détail près. L’imitation confine au clonage, l’audience frissonne. La même émotion saisit la salle lorsque Gregorio ressuscite Ray Charles, Billie Holiday et Louis Armstrong accompagné au piano solo. Même ses musiciens applaudissent ce tour de force jazzy.

S’il est bon dans les séquences émotion, Gregorio est encore meilleur dans les moments satiriques, lorsqu’il rapproche des artistes que tout oppose. Certes, Shakira a repris en espagnol Je l’aime à mourir, succès de Francis Cabrel de 1979. Mais Gregorio trafique l’affaire en métissant le titre amoureux avec le fameux Waka Waka de la star latino. Et ça décape. Comme lorsqu’il chante Stayin’alive des Bee Gees avec la scansion ralentie de Grand Corps Malade. La fièvre du samedi redescend subitement et le public est aux anges.

Le rire, c’est la belle arme de Gregorio. Repéré par Laurent Ruquier en 2005 qui le produit depuis, l’imitateur a pris beaucoup de la gouaille de son mentor. Il faut le voir griffer Christophe Mae qui, dit-il, se contente de quatre et mêmes accords pour composer trois tubes. Le coup est sévère, mais le petit prince ne tremble pas. Il peut s’adosser à ses valeureux musiciens, guitare, basse, batterie, pour reprendre des standards de AC/DC et allumer le feu. Même pas peur, semble dire le lutin en se jetant pour de bon dans le public. «Gregorio, c’est 40% de performance, 60% de parodie, mais c’est surtout 100% de show et c’est ça qui marque les spectateurs», déclare Laurent Ruquier. «En partant, les gens sont pleins de musique, d’images et de vibrations. Ça dépasse de loin l’imitateur standard.» C’est vrai que le trublion est généreux, enchaînant des dizaines de chanteurs à cent à l’heure, multipliant les clins d’œil complices avec la foule conquise, reproduisant de la bouche un riff de guitare électrique. Généreux et perfectionniste. Gregorio n’étoffe son répertoire de nouvelles imitations que s’il est sûr d’avoir saisi la voix de l’original. Cat Stevens est mieux réussi que Sinatra, mais rares sont les imitateurs qui proposent une réplique des Black Eyed Peas ou de U2, façon stade en délire. Sûr que le petit d’homme qui a fait la première partie de Céline Dion au Stade de Genève en juillet 2008 s’est rêvé rock star un soir. En témoignent son jeu de scène et les effets visuels de son spectacle. Rien que pour ce coup de jeune de la discipline, Michael Gregorio est à suivre et à saluer.

A Lyon, les 30-31 janvier et le 3 fév. A Annecy, les 20 et 21 fév. A Genève, Théâtre du Léman, le 5 juin. A Mézières, Théâtre du Jorat, 021 903 07 55, les 26 et 27 septembre.

Quand il ressuscite Ray Charles, Billie Holiday et Louis Armstrong, même ses musiciens applaudissent