Michael Jackson a été enterré hier au cimetière de Forest Lawn, sur les hauteurs d’Hollywood, lors d’une cérémonie privée. Dans ce Memorial Park reposent déjà de nombreuses célébrités comme Bette Davis, Stan Laurel, Buster Keaton, Fritz Lang, Rod Steiger, Tex Avery…

Le récit des dernières heures du «roi de la pop», disparu le 25 juin à Los Angeles (Californie), raconté par son médecin personnel le docteur Conrad Murray, se lit comme une longue et fatale ordonnance. Revenu dans sa résidence du quartier résidentiel de Holmby Hills, au nord de Bel Air, épuisé après ses répétitions au Staples Center en vue de sa prochaine tournée «This is It!» le chanteur ne trouvait pas le sommeil.

Présent à son chevet, le docteur Murray, embauché par le promoteur des concerts AEG Live à la demande de la star, lui a donné un comprimé de 10 milligrammes de Valium, un anxiolytique, à 1 h 30 du matin.

A 2 heures, le médecin a administré 2 milligrammes d’un autre anxiolytique le Lorazepam (nom de marque Ativan), en perfusion intraveineuse cette fois. Puis à 3 heures, 2 milligrammes d’un sédatif puissant le Midazolam (Versed), toujours par intraveineuse. A 5 heures, à nouveau 2 milligrammes de Lorazepam, et à 7 h 30, encore 2 milligrammes de Midazolam.

Le chanteur, ne parvenant pas à s’endormir, aurait supplié son médecin de lui donner son «lait» – c’est ainsi qu’il surnommait le Propofol, un anesthésiant puissant qu’on utilise plutôt en salle d’opération, et qui est de couleur blanche. Murray a déclaré aux enquêteurs que son patient lui avait déjà réclamé des perfusions de Propofol contre l’insomnie, mais que, craignant une accoutumance, il avait tenté de diminuer la dose et de le remplacer par d’autres molécules.

Mais à 10 h 40 du matin, le docteur finit par céder. Il administre, toujours grâce au système de perfusion qui se trouvait en permanence dans la chambre, 25 milligrammes de Propofol (Diprivan), qu’il a dilués avec de la lidocaïne (Xylocaïne). A 10 h 50, il quitte la chambre pour se rendre aux toilettes et, à son retour, quelques minutes plus tard, il constate que son patient ne respire plus. Il tente de le réanimer et lui injecte 0,2 milligramme de Flumazenil (Anexate).

On s’explique mal pourquoi les secours n’ont été appelés qu’à 12 h 21 dans cette résidence qui se trouve à quelques minutes de l’hôpital de UCLA, où Jackson a finalement été transporté en urgence, et où l’ambulance est arrivée à 13 h 14. Les secouristes ont tenté de le ranimer sur place, ce qui explique l’écart de 53 minutes. Le décès a été constaté à 14 h 26.

Ce récit de la dernière nuit chimique de Michael Jackson est confirmé par les résultats préliminaires de l’autopsie, communiqués le 28 août, et qui concluent à un homicide provoqué par «une intoxication grave au Propofol», d’autres substances ayant contribué au décès (lorazepam, midazolam, diazepam – Valium –, lidocaïne et éphédrine). Le médecin légiste dispose de cinq options pour classer un décès: causes naturelles, maladie, accident, suicide ou homicide. Cette dernière catégorie couvre des faits allant du meurtre à la simple négligence, et n’entraîne pas forcément de poursuites criminelles.

A la demande de la police de Los Angeles qui continue son enquête auprès des nombreux médecins qui prescrivaient des médicaments à Jackson, les résultats complets de l’autopsie restent sous scellés. «Nous ignorons quand les conclusions du médecin légiste nous seront communiquées», précise Jane Robison, porte-parole du procureur (District Attorney) du comté de Los Angeles, le 1er septembre. «Ce rapport complet du coroner pourrait intervenir dans deux à trois semaines, ou plus tard. Nous procéderons alors à un examen des éléments afin de décider si nous devons entamer des poursuites.»

Même si l’enquête s’élargit actuellement à d’autres médecins, le docteur Conrad Murray est le principal suspect. On sait peu de chose sur ce cardiologue de 51 ans, embauché en mai comme médecin personnel de la star pour un salaire mensuel de 150 000 dollars (105 000 euros) – le contrat avec le promoteur AEG Live n’aurait pas été signé au moment de la mort de Jackson. Le chanteur aurait sympathisé avec ce médecin aux manières affables rencontré en 2006 alors qu’il était son voisin à Las Vegas (Nevada) et avait soigné ses enfants. Il aurait insisté auprès du promoteur de concerts – plutôt enclin à embaucher un médecin moins onéreux qui se trouvait sur place à Londres –, pour garder le docteur Murray à ses côtés.

Le domicile, le cabinet du médecin, une pharmacie à Las Vegas, ainsi que son cabinet et un garde-meuble de Houston (Texas) ont fait l’objet de perquisitions des enquêteurs de la police et de l’agence américaine de lutte contre les stupéfiants (DEA). Dans le passé du docteur Murray figure une arrestation en 1994 pour violences conjugales, mais il a été acquitté. Il aurait connu des déboires financiers, dont une pension alimentaire non réglée et une plainte d’associé à la suite d’une tentative ratée de lancement d’une boisson énergétique; et sa résidence de Las Vegas serait menacée de saisie.

Risque-t-il d’être poursuivi, voire condamné, pour la mort de Michael Jackson?

Mais à 10 h 40, le docteur finit par céder. Il administre 25 milligrammes de Propofol