Livres

Michael Ondaatje, archéologue génial des identités égarées

L’auteur du «Patient anglais» compose un puzzle à la fois historique et intime qui prend sa source à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Du milieu interlope aux ors du Foreign Office, «Ombres sur la Tamise» se révèle magistral

Barbe fleurie, imagination luxuriante, prose incandescente. Des brassées de lauriers, dont le Booker Prize en 1992 pour Le patient anglais, adapté au cinéma avec brio par Anthony Minghella. C’est à Colombo, la capitale économique de l’ex-Ceylan, qu’a grandi Michael Ondaatje, dans un microcosme colonial qui se prélassait au rythme des moussons, des parties de tennis et des bals costumés. «Rescapé des générations anéanties», il fut brutalement arraché de son île à 11 ans, en 1954, à la suite du divorce de ses parents. Il rejoignit alors sa mère en Angleterre puis les vents de la diaspora le poussèrent vers d’autres latitudes, du côté de Toronto. Il s’y installa à la fin des années 1960 et c’est dans cette ville froide, loin de la féerie du pays natal, qu’il découvrit sa vraie patrie – l’écriture, qu’il ne cessera de faire flamboyer comme un feu de Bengale.

«Pour moi, le roman est le lieu de tous les possibles, un moment de grande curiosité et de découverte, pour savoir comment fonctionne le monde, mais en restant toujours dans la sphère intime. Il y a des écrivains qui savent, dès le départ, comment va se dérouler leur livre. En ce qui me concerne, je veux au contraire que l’écriture soit un processus d’apprentissage», explique Ondaatje. Voilà pourquoi ses romans sont autant de chasses spirituelles, autant d’aventures dans les tréfonds des civilisations et des consciences. «J’aime les hommes qui plongent», poursuit-il, en reprenant la devise de son maître Melville.