Michel Butor. Anthologie nomade. Préface de Frédéric-Yves Jeannet. Gallimard, coll. Poésie, 520 p.

Frédéric-Yves Jeannet, qui a entretenu avec Michel Butor une longue correspondance (De la Distance, Le Castor astral, 2000), explique dans sa belle préface comment l'écrivain a abandonné «les grandes avenues ombragées du roman», pour devenir un poète à part entière, à partir de Mobile (1962). Il se réfère au poème, très apollinarien, «Bientôt l'automne», qui figure dans Collation: «Bientôt l'automne et qu'as-tu fait de ton été, Michel Butor/ déjà quelques feuilles jaunissent et la rosée s'irise/ la brume efface de nombreux parages ou passages à l'horizon…», comme il aurait pu citer le chant que lui inspira le 11 septembre: «Poussière sur poussière/ les châteaux de papier/ où les dents des graphiques/ escaladaient l'Olympe/ sont recroquevillés/ comme une feuille morte.»

La sélection privilégie les longs poèmes, certains donnés en intégralité, comme les visionnaires «Naufragés de l'Arche», sur le Muséum national d'histoire naturelle avant sa restauration. Japon, Mexique, Egypte, Etats-Unis: l'univers tout entier a sa place dans ces écrits-miroirs, où le désenchantement prend rarement le pas sur l'émerveillement, même dans les poèmes les plus caustiques. La description de l'amitié et de l'amour, toujours dans les voyages, souvent à travers les œuvres d'art, l'emporte aussi sur le sentiment de désolation. Dans «Rencontre», extrait d'Illustrations, l'évocation d'une étreinte amoureuse est probablement l'un des grands moments de la littérature érotique, sans un seul terme «anatomique» et sans la moindre allusion aux gestes sexuels.