L’auteur de «Soumission» deviendrait-il un tyran?

Michel Houellebecq récuse la publication de son portrait en six épisodes par «Le Monde»

Un tsunami dans une coupe de champagne. C’est l’effet produit par la querelle qui oppose Michel Houellebecq au quotidien Le Monde, à quelques heures de la rentrée littéraire. L’auteur de Soumission, roman sorti en janvier, le jour même des attentats contre Charlie Hebdo, n’est pourtant pas une des stars de cette rentrée. En revanche, il fait l’objet d’une enquête en six épisodes d’Ariane Chemin, journaliste au Monde, ­série qu’Houellebecq récuse, comme il dénonce l’insupportable «surveillance médiatique», dont il est une cible récurrente.

Le premier épisode, publié ce lundi, décrit la vie atypique du «MacGyver du débat public» comme il se décrit lui-même, qui vit en haut d’une tour du XIIIe arrondissement de Paris, avec vue sur le périphérique. Il se sent bien dans ce quartier sans charme, anonyme parmi la population asiatique, alors qu’il est toujours sous protection policière. La suite raconte un homme romanesque, médiatique, contradictoire et tyrannique. «Il est désormais entouré d’une cour d’empereurs chinois», confie un de ses amis écrivains, qui n’a pas donné son nom, par peur des représailles.

Car Michel Houellebecq ne s’est pas contenté de refuser de parler au Monde, il a demandé à ses proches d’en faire autant, et même de «porter plainte» en cas de harcèlement. Que reproche-t-il à Ariane Chemin? «Ce qu’elle fait d’habitude, c’est un mélange de faits vrais, d’affabulations crédibles et d’insinuations malveillantes – en réalité, c’est du niveau de Voici et de Closer», disait-il en juillet au Figaro Magazine, principal concurrent du Monde, auquel l’écrivain a accordé six entretiens.

Des propos qui ont fait réagir le directeur du quotidien du soir, Jérôme Fenoglio, qui a dénoncé les «manœuvres d’intimidation» à l’égard de son enquêtrice. «Notre série démontrera la rigueur de son travail.» L’affaire a été reprise par tous les médias, assurant un franc succès à cette série nourrie d’une centaine de témoignages, dont beaucoup, hélas, anonymes.