Profitant de la suspension momentanée de toute activité cinématographique, Disney dessine une carte de l’Europe représentant la pénétration de leurs classiques de l’animation dans 42 pays. On ne sait sur quelles données s’appuie l’étude – fréquentation des salles depuis 1941? Achats de DVD? Plus vraisemblablement les activités sur la plateforme Disney +… De quoi faire un peu de géopolitique amusante.

L’antagonisme de la guerre froide semble se renouveler, puisqu’à l’ouest 14 pays, France, Italie, Belgique, Autriche, République tchèque, Norvège, Suède, Finlande, Allemagne, Danemark, Suisse et Portugal tout au bout du continent, mais aussi la Serbie et la Hongrie adulent Aladdin (1992), champion du palmarès avec 14 points, ce qui semble prouver un besoin de miracles relevé d’une touche d’orientalisme. En face, imposante masse jaune, la Russie, l’Ukraine et la Géorgie, complétées par la Bulgarie, la Macédoine et la Serbie vénèrent Le Roi Lion (1994), peut-être parce qu’elles regrettent les monarchies d’antan. Les Pays-Bas, l’Angleterre, l’Irlande et l’Islande partagent ce goût des tragédies shakespeariennes délocalisées en Afrique.

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A propos d’Afrique, Tarzan (1999) séduit la Moldavie, la Slovaquie et la Roumanie. Fantasia (1940) réconcilie la Grèce et la Turquie dans un même enchantement. L’Albanie, la Bosnie, la Slovénie, la Biélorussie, l’Estonie, la Lettonie et Malte se consolent de leurs avanies avec La Belle et la Bête (1991). Le Portugal et le Luxembourg retrouvent leur âme d’enfant devant Dumbo (1941). La Pologne est la seule à avoir Mulan (1998) comme favori; la Lituanie aime Cendrillon (1950) et Chypre porte Peter Pan (1953) dans son cœur. On notera que Blanche-Neige, Pinocchio, La Belle au bois dormant ou Merlin l’enchanteur ne figurent pas dans ce palmarès. Leur absence soulève une infinité d’hypothèses.