MUSIQUE

Avec Le Micro Brise le Silence, le rap se réinvente dans les quartiers d'Alger

Fleuron de la jeune scène rap algérienne, MBS présente son nouvel album dans deux salles romandes

Malgré la guerre, les massacres et le fanatisme, le raï a montré combien la jeunesse algérienne était familière des musiques occidentales. Un beau soufflé, trop vite dévoré, par une industrie du disque férocement gloutonne. Trois ténors d'opérette se partageant aujourd'hui l'essentiel du lucratif gâteau, l'avenir était forcément ailleurs: sur le territoire du hip-hop, champ musical en pleine effervescence depuis quelques années dans les banlieues d'Alger et d'Oran. Partie visible de l'iceberg, Intik (voir le Samedi Culturel du 4 mars) et Le Micro Brise le Silence (MBS), quatuor juvénile qui vient de livrer son premier CD. Une livraison tout à fait convaincante, que MBS défendra sur scène à Fribourg (le 17 mars) et à Genève (le 18).

Fortement inspiré par la réussite métropolitaine des IAM, NTM et MC Solaar, répercutée via antenne parabolique, le projet MBS a vu le jour sous les bancs d'un lycée d'Alger, en 1993. But de l'expérience: donner une voix à «la génération manquante, celle qui a fait son service militaire pendant les événements. Elle doit s'exprimer au nom de ceux qui sont morts au combat. Ce sont eux les témoins, ils doivent parler.» Un programme ambitieux, porté, sur le plan musical, par la volonté de concilier patrimoine traditionnel et son hip-hop.

L'adhésion du public algérien est immédiate: en 1998, MBS écoule 60 000 cassettes. Succès confirmé la même année avec Aouama, vendu à plus de 100 000 exemplaires, en moins de trois mois. Il n'en fallait pas davantage pour attirer les limiers des «majors» et concrétiser sur disque ces premiers pas prometteurs. Un pari qui semble pleinement justifié dès la première écoute, le rap de MBS naviguant avec une aisance extrême entre grammaire hip-hop et vocabulaire oriental. Accessible sans être commercial, sophistiqué mais sans prétention, ce premier opus partagé entre français et arabe repose sur une écriture alliant la séduction à la pertinence; les thèmes abordés (intégrisme, intégration, exil, identité, racisme) étant défendus avec une verve et une inspiration devenues rares en Métropole. Reste à savoir si la formule, servie sur disque par un remarquable travail de production, est capable de résister à l'épreuve de la scène, écueil majeur pour la plupart des formations rap actuelles. Réponse en deux temps, à Fribourg et à Genève. Vincent Monnet

Le Micro Brise le Silence, en concert au Nouveau Monde de Fribourg (le 17 mars) et à la Salle de la Traverse à Genève (le 18), Maison de quartier des Pâquis, 50, rue de Berne, dans le cadre du Festival les Traverses musicales.

MBS: Le Micro Brise le Silence (Island/Universal).

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