«Ici, le temps se fait espace», dit-on dans Parsifal. Or dans les festivals aussi, le temps se dilate. Arriver à Aix-en-Provence, par exemple, c'est entrer dans un nouvel espace-temps. Cinq heures de route et déjà le grésillement des cigales uni à l'accueillante chaleur font transpirer les heures. Le temps est moite. Et puisque la représentation n'a lieu qu'à 21 h 30, on flâne, on sirote. Devant le portique de l'Archevêché, l'assemblée impavide se dirige vers le lieu des illusions d'un pas tout aussi nonchalant. On croise une ministre de la Culture décontractée, on frôle une diva en retraite. La représentation commencera finalement à 21 h 50. Car il n'y a qu'une seule entrée entonnoir dans la cour de l'Archevêché, et malgré les bouchons, personne ne s'impatiente. On ressortira vers une heure du mat'. Alors il sera temps d'aller dîner. Sans se presser.

Il n'y a guère qu'un instant où le festivalier retrouve son empressement des autres jours: après le dernier accord du spectacle. Quand deux chanteuses terminent sur un unisson de notes impalpable, des «bravi» sonores viennent trop tôt briser le charme. Les festivals agiraient donc comme le nom d'Angélique sur Roland: ils amollissent les sens pour mieux doper l'enthousiasme.

Quand enverrons-nous nos «Neinsager» en cure festivalière?