C'est la plus belle histoire du Festival d'Avignon. La plus courte aussi. Trois minutes à peine qui gomment trois heures d'Henry V dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes. Et le plus drôle, c'est que cette histoire-là ne se raconte pas. Son théâtre est minuscule: une boîte en bois posée sur un trépied à hauteur d'enfant. Ses acteurs sont peu nombreux: un troubadour brésilien aimable et doux qui accueille le public dans la cour de l'Hospice Saint-Louis, à l'ombre des platanes. Et deux jeunes femmes, qui cachent leur sourire sous une cape noire de photographe à l'ancienne, lorsqu'elles commencent à jouer.

A jouer? Mais oui, ces fées du théâtre manipulent d'une main gantée de noir un personnage en papier et en argile haut de dix centimètres sur une scène de vingt centimètres à tout casser – et là on prie pour que rien ne soit jamais cassé, tant c'est beau. Quant au spectateur, il s'assied sur un petit tabouret, tout au bonheur de sa solitude: un œil collé à l'œilleton de la boîte, les oreilles couvertes par une paire d'écouteurs qui délivrent une petite romance à trois sous et à mille larmes, il fait des rencontres mémorables. Le plus beau, c'est la sortie: quand encore retourné par ces trois minutes de voyage, un sourire mélancolique sur les lèvres, le nouvel initié refuse de divulguer le secret de sa vision. On quitte alors la cour et ses platanes, en lançant un ultime regard sur la chambre obscure et sur ceux qui attendent encore leur tour, parfois depuis plus de deux heures. On en profite pour déplier le petit tract jaune distribué au départ sur lequel figure l'adresse des enchanteurs: Caixa de Imagens, São Paulo Brésil. Puis l'on se noie dans la foule sans demander son reste, emportant avec soi l'image d'un vieillard, autrefois marin sur un cargo, qui n'en peut plus de dire «au revoir» d'une main fraternelle. Et il dit encore toutes sortes d'autres choses qu'on ne répétera pas.