Cinéma

«Mid90s», pour un flip avec toi

La première réalisation de l’acteur Jonah Hill est un formidable «teen movie» se déroulant dans l’univers du skate

Etonnant parcours que celui de Jonah Hill. C’est à partir de 2005 qu’on le remarque, d’abord à travers de brèves apparitions, puis dans des seconds rôles qui le voient faire montre d’un haut potentiel comique. Acteur à la silhouette grassouillette que l’on imagine cantonné aux rôles de meilleur ami du héros, il enchaîne alors les films grâce à un homme, Judd Apatow, qui le fait tourner aussi bien dans ses réalisations (40 ans, toujours puceau; En cloque, mode d’emploi; Funny People) que dans ses productions (SuperGrave; Sans Sarah rien ne va).

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Alors qu’on le pensait ensuite incapable de s’extirper de la comédie, voici qu’il obtient en 2012 et 2014 deux nominations à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, pour Le stratège et Le loup de Wall Street, de Bennett Miller et Martin Scorsese. Deux longs métrages où, au côté de Brad Pitt puis Leonardo DiCaprio, il se révélait en acteur dramatique. Et l’an dernier, il était méconnaissable, aminci, arborant une longue chevelure blonde, dans Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot, de Gus Van Sant. En une décennie, Jonah Hill est passé du statut de rondouillard rigolo à celui de comédien complet. Le voici aujourd’hui réalisateur accompli: son premier film, Mid90s, est formidable.

Ado cherche tribu

Stevie, 13 ans, vit à Los Angeles avec sa très jeune mère et son grand frère, qui préfère le frapper plutôt que de lui servir de modèle. C’est au contact d’une bande de skateurs qu’il va finalement se trouver une famille, tout en testant ses limites puisqu’il n’a pas de barrières. On est au milieu des années 1990, dans ces mid-nineties du titre, soit au moment où Jonah Hill avait l’âge de son héros. Il y a forcément un peu de lui dans ce personnage qui se cherche une tribu, fasciné par l’idée de liberté que véhicule la culture skate.

Tourné en 16 mm et porté par une bande-son forcément raccord avec l’époque montrée (Nirvana, Pixies, Morrissey, Cypress Hill, The Pharcyde, Ginuwine), Mid90s rappelle le cinéma de Larry Clark et des titres comme Kids et Wassup Rockers. Au-delà de son casting révélant de jeunes amateurs au charisme fou, le film, et c’est là sa plus grande force, semble avoir été littéralement tourné au milieu des années 1990. Epatant parcours que celui de Jonah Hill.


Mid90s, de Jonah Hill (Etats-Unis, 2018), avec Sunny Suljic, Katherine Waterston, Lucas Hedges, Na-kel Smith, Olan Prenatt, 1h25.

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