Spectacle

La migration sous l’œil des humoristes

Vendredi, des comédiens de Romandie et d’ailleurs se rassembleront pour aborder et incarner la question migratoire. Une initiative des Nations unies pour réorienter le discours sur les droits de l’homme et l’identité

Polémiques américaines, barques de fortune en Méditerranée, régularisations de sans-papiers à Genève… la question migratoire est multifacette et évoque à chacun des images, des points de vue et des craintes différentes. De telle sorte que les discussions sur le sujet se révèlent souvent houleuses, voire carrément stériles.

Et si on réhumanisait un peu le débat, en faisant redescendre les décibels d’un cran? C’est en tout cas le souhait du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), qui s’attelle depuis deux ans à communiquer sur la migration autrement. En collaboration avec la ville de Genève, il organise ce jeudi Stand-Up for Migrants: une soirée regroupant au Victoria Hall des humoristes de Suisse romande et d’ailleurs, qui aborderont en toute liberté et légèreté les questions de migration et d’identité. Une manière de faire suite à la Journée internationale des migrants, célébrée mardi, et de créer un espace d’échanges bienveillants.

De nombreux porte-voix ont répondu présents

«Aujourd’hui, il est facile de se sentir déconnectés les uns des autres, de considérer les migrants comme ne faisant pas partie de notre société. Or nous avons réalisé que le rire et la comédie ont cette faculté de rassembler», explique Pia Oberoi, conseillère pour la migration et les droits de l’homme au HCDH.

L’an dernier, cette agence spécialisée de l’ONU avait déjà publié sur les réseaux sociaux une série de vidéos animées incarnant, à travers les récits d’immigrés et d’enfants d’immigrés, la vulnérabilité de cette tranche de la population. «C’est une lutte constante pour se faire entendre, regrette Pia Oberoi. Mais les gens aiment les histoires qui résonnent et dans lesquelles ils peuvent se reconnaître, comme celles de parents aimants, de familles déchirées.»

Pour porter ces voix trop discrètes sur scène, ils sont nombreux à avoir répondu présents. A commencer par Thomas Wiesel, qui défendra d’ailleurs l’association SOS Méditerranée lors d’une autre soirée de gala au Théâtre Forum Meyrin le lendemain. A ses côtés, on retrouvera aussi les Genevois Charles Nouveau et Bruno Peki, ainsi que plusieurs comédiens internationaux ayant un lien étroit avec la migration.

Le rire, cette catharsis

C’est le cas d’Evelyn Mok. Cette comédienne suédoise de 31 ans, née d’une mère chinoise ayant grandi en Inde et d’un père hongkongais, jongle depuis toujours avec les passeports… et les préjugés. Dans ses sketchs, celle qui a elle-même immigré au Royaume-Uni pour ses études aborde la question de ses origines avec une bonne dose d’ironie. «Dans n’importe quelle fête, le seul mec qui connaît un mouvement de kung-fu va réussir à me trouver pour m’en parler», confie-t-elle, faussement exaspérée, sur le plateau d’une émission anglaise.

L’écriture de son dernier stand-up a poussé Evelyn Mok à se pencher davantage sur son histoire familiale, faite de départs et de rêves de vie meilleure. «Mes arrière-grands-parents étaient déjà des réfugiés économiques qui ont fui la Chine des années 1920, ravagée par la pauvreté, pour trouver du travail ailleurs. Ils ont dû prendre le bateau, qui les a menés jusqu’à Mumbai. Je suis de loin la plus chanceuse.»

Aborder les drames humains avec légèreté

De son enfance en Suède, dans une banlieue multiculturelle où certains de ses camarades ont évité de peu l’expulsion, l’humoriste tire une perspective ouverte, critique mais profondément empathique sur les droits de l’homme et la migration. Et pour elle, les drames humains peuvent être abordés avec légèreté, tant que l’intention est bonne. «Je vois le rire comme une sorte de catharsis qui permet de digérer des sujets difficiles comme celui-ci. J’espère que cette soirée offrira au public de nouvelles perspectives et une meilleure compréhension de la migration, ce serait le plus beau des compliments. Mais avant tout, j’espère qu’il me trouvera drôle!»

En mêlant humour francophone et anglophone, ainsi qu’un principe d’entrée libre, Pia Oberoi espère elle aussi toucher un maximum de monde. «Il y a ceux qui voudront écouter leurs humoristes préférés, ceux qui sont passionnés par la question migratoire ou encore ceux qui souhaitent s’informer auprès de groupes de soutien locaux, le tout dans un esprit de communauté.»


Stand-Up for Migrants, le jeudi 20 décembre à 20h au Victoria Hall de Genève. Entrée libre.

Publicité