Electro

«Migration», 
le nouveau voyage de Bonobo

Après plus de trois ans d’absence, 
le musicien et DJ britannique Simon Green revient avec un sixième album hypnotique qui séduit par son opulence 
et son exploration des sons

Le DJ anglais nous avait scotchés avec The North Borders (2013), album sublime repoussant les limites de l’electronica et de la musique ambiante, et doublé d’un projet scénique où l’artiste s’accompagnait alors de musiciens, délaissant lui-même ses machines pour une guitare-basse. Avec Migration, son sixième disque, Simon Green – alias Bonobo – continue son voyage avec autant de magie qu’à l’accoutumée, et s’impose définitivement comme l’un des compositeurs les plus intéressants de la scène electro.

Pionniers de la downtempo

Depuis ses débuts en 2000, Bonobo a réussi à s’inscrire comme l’un des pionniers de la downtempo, sous-genre de la musique électronique né en Angleterre dans les années 1990. Un dérivé plus mélodique du trip hop, mêlant beats synthétiques et instruments acoustiques. A 40 ans, Simon Green est aujourd’hui un DJ reconnu pour ses albums comme ses nombreuses collaborations.

Mais pas seulement… Egalement dénicheur de talents au sein de Ninja Tune, maison de disques londonienne qui le produit, Bonobo a toujours eu un faible pour les voix. De l’artiste indienne Bajka sur l’album Days To Come (2006), à la jeune londonienne Andreya Triana dans Black Sands (2010), en passant par Szjerdene, présente sur The North Borders et qui accompagne désormais le musicien sur scène.

Des sonorités tribales à la pop

Migration ne déroge pas à la règle. Pour ce sixième opus, Simon Green s’est entouré de la crème de la scène alternative. La voix suave de Nicole Miglis, chanteuse du groupe rock américain Hundred Waters, enrobe avec douceur la sublime ballade Surface. Tout comme celle du duo canadien Rhye, qui laisse planer un parfum de nostalgie sur le fragile Break Apart et ses rythmiques lancinantes.

Bambro Koyo Ganda est certainement le titre le plus surprenant de l’album. Et l’un des plus intéressants. Une rencontre entre les synthés saccadés d’une électrohouse et la musique traditionnelle gnaoua, jouée et chantée par le groupe marocain Innov Gnawa. Fascinant. Des sonorités tribales, Bonobo passe élégamment à la pop avec l’entraînant No Reason. Emmené par la voix de l’Australien Nick Murphy – anciennement connue sous le nom de Chet Faker – ce tube de sept minutes trente terrasses aisément toutes les collaborations électro-pop du moment.

Hypnotique

Seul, Bonobo surfe ensuite sur les sonorités planantes qui ont fait son succès (Grains, Second Sun), et livre au passage de nouveaux bijoux d’électro – l’éblouissant Kerala et ses notes de harpe; le très bon Outlier et ses mélodies vintages. Enregistré à Los Angeles, où le natif de Brighton s’est installé, ce nouvel enregistrement est avant tout le fruit de voyages à travers le monde et d’un questionnement profond de Green sur la migration. A le croire, rien de politiquement engagé. Migration est surtout un reflet du déplacement des cultures propre à notre époque, dit-il.

Dès les premières notes du titre éponyme qui ouvre le disque, les nappes synthétiques d’un long instrumental progressif nous font voyager dans des atmosphères planantes. Hypnotique. 


A écouter

Bonobo, «Mirations» (Ninja Tune/TBA).

A voir

En concert le 12 mars à Zurich (Volkhaus).

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