Avec les indications sur les œuvres données sur de jolis cartels orange, et bien sûr le nom de l’exposition, M Sélection , référence à une gamme de produits de qualité de la chaîne de magasins, il serait difficile de l’ignorer: l’événement est lié à Migros. Le Musée Rath accueille, en fait, des œuvres choisies dans la collection du Musée Migros d’art contemporain, basé à Zurich.

L’idée est née alors que le musée allait devoir fermer ses portes pour des travaux – il a rouvert dans une version agrandie l’automne dernier –, d’organiser une tournée. C’était l’occasion de faire connaître l’institution à travers l’Europe. Depuis deux ans, des expositions ont ainsi eu lieu à Vaduz, Kassel, Krems et Bolzano. Genève est, pour l’instant, l’ultime date de cette itinérance. C’est Migros Genève qui a approché le Musée d’art et d’histoire, programmateur du Rath, expliquait Jean-Charles Bruttomesso lors de l’ouverture de l’exposition. Le directeur de la coopérative locale cherchait, depuis quelque temps déjà, l’occasion de faire connaître au bout de la Suisse le musée zurichois.

Hedy Graber, elle-même directrice du Pour-cent culturel Migros (qui doit son nom à la part du chiffre d’affaires consacré depuis 1957 à des projets sociaux et culturels), est venue rappeler l’engagement du géant orange. Elle glissait au passage que, pendant qu’elle étudiait l’histoire de l’art à l’Université de Genève, il lui était arrivé de travailler comme gardienne d’exposition au Musée Rath, justement.

Ici, comme pour les étapes précédentes, l’exposition a été montée grâce à une coopération entre les commissaires du Musée Migros (Heike Munder, et Judith Welter) et du musée hôte (Justine Möckli). Toutes trois ont souhaité établir un dialogue entre des pièces des années 1960-1970 et des pièces plus récentes. Défilent ainsi une série de préoccupations, d’inscriptions dans des mouvements artistiques aussi: art conceptuel, land art, performance, interactions avec les musiques rock et pop, avec la danse…

C’est aussi un parcours plutôt exigeant, qui, peu importe ce qu’on sait de l’histoire récente de l’art exploré ici, s’apprécie si l’on se laisse happer par les œuvres. Y compris les plus brutes, comme cette grande plaque de béton fracassée de l’Américain Oscar ­Tuazon, ou les assemblages de verre peinturluré, ou de matériaux divers (moquettes, plâtre, bois, argile…) de la Géorgienne Théa Djordjadze. Ce sont là des approches artistiques récentes, qui repoussent les définitions de la sculpture pour exprimer force et fragilité avec les matériaux de notre environnement urbain.

Mais les références à la nature ne manquent pas non plus dans cette M Sélection avec, par exemple, les paysages des Canaries de Gerhard Richter (un délicat travail d’héliogravure et d’aquatinte de 1970-1971), la grande photographie noir/blanc, fantomatique, d’un paysage anglais par Hamish Fulton (1977), ou même la vidéo de Heidi Bucher où des créatures venues d’un autre monde dansent sur Venice Beach (1972).

D’une poésie visuelle plus ludique sans doute, la pièce de l’Allemand Gustav Metzger, Liquid Crystal Environment, date, elle, de 1965, même si elle a été adaptée en 1998. Les diapositives qu’on voit projetées sur le mur sont, en fait, celles de cristaux liquides posés sur des plaques de verre et réagissant à la chaleur. Ces kaléidoscopes doucement psychédéliques ont notamment servi d’arrière-fond à des concerts des Who.

Plusieurs autres pièces soulignent les liens entre art contemporain et musique, comme les vidéos de Douglas Gordon, ou l’installation sans doute la plus spectaculaire de l’exposition, malgré son nom, Minus, et son aspect extérieur – celui d’un container frigorifique. Elle est signée par le Suisse Christoph Büchel. Depuis sa création en 2002, à chaque exposition, de nouveaux groupes locaux y donnent un concert et en abandonnent les traces, de la batterie aux bouteilles de bière en passant par les projecteurs et les claviers techniques qui, copieusement arrosés, vont se figer dans la glace. A visiter donc rapidement, contrairement au reste de l’exposition.

M Sélection, au Musée Rath, place de Neuve, Genève. Ma-di 11h-18h, jusqu’au 22 septembre. www.ville-ge.ch/mah

Ces kaléidoscopes doucement psychédéliques ont servi d’arrière-fond à des concerts des Who