En littérature et dans les contes populaires, il n’est guère de bête plus apte à donner une image de l’homme. Car l’ours, puisque c’est de lui qu’il s’agit, se tient souvent sur deux pattes. Certes le singe peut lui aussi adopter cette posture mais il est moins familier de notre histoire et de nos contrées occidentales; et on ne lui prête pas, contrairement à nombre de traditions liées à l’ours, la faculté de séduire des jeunes femmes. Le singe n’a pas non plus, contrairement à l’ours, partagé d’anciennes cavernes avec nos lointains ancêtres.

Cette saison, deux romans noirs – Comment cuire un ours de Mikael Niemi, traduit du suédois par Françoise et Marina Heide, et Grizzly de Nan Aurousseau – se saisissent de la figure de l’ursidé et des mythes qu’elle véhicule. Puisqu’il s’agit de polars, l’ours, on s’en doute, est paré d’attributs terrifiants. Dans l’un et l’autre texte, il est la bête qui terrorise, celle qui tue ou peut tuer. Dans Comment cuire un ours, il apparaît à la fois en séducteur et en serial killer.