Est-il l’enfant du diable? Ou un elfe sur ressort craché par une légende du Grand Nord? Certains, dans la salle, ont perçu le spectre d’une maladie, une folie qui fait grimacer ce corps gracile. Peu importe, finalement, ce qui sous-tend Odd Meters, soixante minutes électriques durant lesquelles Mikko Niemistö, silhouette adolescente, nous a emmenés dans ses ondes intérieures. La tension de cette proposition est si soutenue, et le geste si sûr, que le moment vu jeudi soir au far°, à Nyon, restera dans les mémoires.

Leitmotiv musical

La substance du solo de Mikko Niemistö? Ses rêves, ou plutôt ses cauchemars, que l’artiste note scrupuleusement au réveil et restitue ensuite à sa manière. Sur la scène des Marchandises, sous des néons criants qui sont autant d’éclairs, le danseur commence par vingt minutes de traversées saccadées, piétinements hectiques qui hésitent entre la droite et la gauche pour finalement embrasser la salle entière dans des chevauchées hantées.

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Les mots de Mikko? Des paroles éruptives, graves et étranges, qui semblent sortir du fond des âges. Ses gestes? Des bras levés, des doigts pointés, comme si une mystérieuse autorité le tenaillait. La musique, signée par le danseur et Johannes Vartola? Un leitmotiv lancinant au souffle féerique qui mêle percussions et voix.

Public à proximité

Le solo est d’autant plus fort que le public, douché par une lumière translucide, est assis tout autour de la salle et reçoit en pleine face la charge de cette possession. Tiens, l’elfe se fige! Et regarde autour de lui, éberlué et saisi, comme si les monstres avaient quitté sa nuit. Mikko Niemistö entame alors une drôle de parade, celle d’un vieillard appesanti. Ou se munit de plumeaux télescopiques qu’il transforme en sabres Star Wars. La lumière est plus douce, orangée, signe d’un sommeil apaisé.

Et puis, retour de la furie. Une étrange histoire d’ice-cream, de répétition et d’ascenseur qui ne mène nulle part – à ce moment, le danseur parle anglais. Et de nouveau le corps saccadé, survolté. Et de nouveau, le visage d’enfant grimaçant.

La soirée est intense. On peut partir sur la piste de l’heroic fantasy ou lire le solo comme une plongée en hôpital psy. Chacun se fait son film. La certitude, c’est que Mikko Niemistö a un univers à lui, une énergie inouïe et tient le public en haleine tout au long de sa traversée. C’est à cela qu’on reconnaît un artiste.

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