Design

A Milan, l’ECAL fait du bruit

L’Ecole cantonale d’art de Lausanne réinvente la sonnette et donne un look aux casques de réalité virtuelle

Pour trouver l’exposition de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL) au Salon du meuble de Milan, c’est très simple: il suffit de tendre l’oreille. Et de suivre les dring, dring insistants qui résonnent sur la Via dell’Orso. C’est là, en plein quartier de Brera, que les Bachelor de 1re année en Design industriel réinventent la sonnette. «L’idée était de travailler sur quelque chose de simple issu du quotidien, explique Stéphane Halmaï-Voisard, responsable du département et concepteur de l’exposition Ring My Bell. J’ai choisi ce petit objet sympathique que tout le monde utilise machinalement mais qui, techniquement, est plus complexe qu’il n’en a l’air. Sans oublier que l’intérêt de la sonnette est bien sûr aussi de produire du son.»

Au départ, les étudiants ont traduit des visions plutôt classiques. Comme ces appeaux qui font coin-coin et ce marteau qui, en tournant, fait tinter trois cloches qui sonnent comme un vieux téléphone. Et puis avec l’arrivée dans le projet de Mathieu Rivier, diplômé en Bachelor Media & Interaction Design, les sonnettes sont devenues, disons, bien timbrées. «On a pu aller plus loin, avec des projets plus ludiques et plus fous notamment avec l’implication des étudiants de l’EPFL + ECAL Lab qui ont pris en charge tous les aspects numériques», continue Stéphane Halmaï-Voisard.

La sonnette de base s’est ainsi transformée en cet objet générique dont la fonction est d’alerter en faisant du bruit. Elle est devenue une batterie frappée par des baguettes commandées par ordinateur ou encore une série de barres métalliques que des billes, catapultées grâce à un algorithme, font carillonner. «Pour les étudiants, c’était aussi une manière de leur montrer que designer industriel ce n’est pas un métier qui se limite à fabriquer du mobilier. Mais que c’est une profession qui doit faire appel à d’autres savoir-faire, comme celui des ingénieurs.»

Masque d’escrime

A L’ECAL ça tombe bien, depuis 2007 la section EPFL + ECAL Lab forme ces designers aguerris aux nouvelles technologies. Cette collaboration c’est tout le propos de l’exposition milanaise. «Notre objectif était de montrer que ce ne sont pas juste des départements qui collaborent entre eux, mais qu’ils sont complémentaires. C’est la première fois que nous présentons vraiment cette complicité», explique Alexis Georgacopoulos, directeur de l’Ecole d’art de Lausanne.

Juste à côté de Ring My Bell et ses sonnettes qui montrent le fruit du travail des designers ayant fait appel aux compétences des ingénieurs, Hands on Vision expose un principe inverse. Là, ce sont les seconds qui ont demandé aux premiers, tous anciens diplômés de l’ECAL, de donner un look aux casques de réalité virtuelle. Dimitri Bähler a repris le code des masques d’escrime. Recouvert de cuir, celui de Bertille Laguet devient un accessoire de maroquinerie de luxe. Tandis que Nicolas Le Moigne enferme ses lunettes dans une coque en aluminium doré et les juche sur un pied à la manière de ces binoculaires installées sur les sites touristiques.

A l’intérieur, les étudiants en Design Research for Digital Innovation de l’EPFL + ECAL Lab font naviguer l’utilisateur dans les archives du designer français Roger Tallon et celles du Montreux Jazz. Dehors, la démonstration se complète avec Nina, mini-salle de concert en forme de voiture autonome dont le pare-brise a été remplacé par un écran à presque 360 degrés. Car lorsque les autos rouleront toutes seules, il faudra bien occuper les passagers.


Sound & Visions, exposition jusqu’au 14 avril, Spazio Orso, via dell’Orso 16, Milan. Les sonnettes peuvent être entendues sur le site ECAL Ring my Bell.

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