Adaptation

«Le Milieu de l’horizon», du roman au film

Salué par la critique et les lecteurs en 2013, le livre du Lausannois Roland Buti a été adapté au cinéma par la société Box Productions

C’est le 2 octobre que sortira Le Milieu de l’horizon, deuxième long métrage de la réalisatrice romande Delphine Lehericey. Ce titre vous dit quelque chose? Normal, il s’agit là de l’adaptation du roman éponyme de l’écrivain lausannois Roland Buti, paru en 2013 aux éditions Zoé. «On a lu le livre et décidé rapidement d’en acheter les droits, raconte le producteur Thierry Spicher, car plusieurs choses nous ont semblé intéressantes. Tout d’abord, l’arche narrative est solide avec un personnage principal fort. Ensuite, l’histoire se déroule durant la sécheresse de 1976, un événement historique qui est resté dans les mémoires. Et enfin, le récit peut être vu comme annonciateur de ce qu’on vit aujourd’hui avec l’industrialisation complète de l’agriculture et les dérèglements climatiques.»

Box Productions, la société fondée par Thierry Spicher, a commencé par acquérir les droits du livre pour une période de trois ans. L’achat final a été conclu au moment où le film est entré en préproduction. «Lors de notre première discussion avec l’éditeur et Roland Buti, il s’agissait de voir quelle serait la place de celui-ci dans le dispositif. Il nous a alors tout de suite dit que s’il était très content que son film soit adapté, il n’avait aucune intention de participer à l’écriture et ne nous demanderait pas de relire le scénario.» Le producteur s’est alors mis en quête d’un scénariste suisse, condition requise pour solliciter des aides publiques. C’est finalement Joanne Giger qui s’est emparée du livre pour en tirer un développement puis un scénario.

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Mythologie de l’auteur total

Après deux ans de travail et plusieurs versions, l’adaptation a été jugée suffisamment aboutie pour partir en financement. Restait encore la question du réalisateur. Thierry Spicher a contacté cinq cinéastes en jouant franc-jeu: «Vous lisez le scénario et vous nous dites si cela vous intéresse, car ce sera ce film et pas un autre. Même s’il faut bien sûr se l’approprier, on ne va pas le réécrire.» Delphine Lehericey, qui s’est rapidement identifiée à l’histoire, a décidé de relever le défi. Elle s’est tellement bien entendue avec Joanne Giger que les deux femmes ont encore repris ensemble le scénario lorsque durant le tournage d’inévitables imprévus ont exigé des modifications.

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Cette envie d’adapter un roman qui a valu à Roland Buti un Prix suisse de littérature ainsi qu’une sélection pour le Prix Médicis est venue du constat que «la force du cinéma suisse ne se trouve en tout cas pas dans les scénarios, selon Thierry Spicher. Par rapport à la France, nous sommes encore trop dans cette mythologie de l’auteur total écrivant lui-même le scénario du film qu’il va réaliser. Etant donné que nous avons en revanche une bonne littérature, mais que très peu d’adaptations se font, il nous a semblé intéressant d’explorer cette voie.»

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D’autant plus que le succès d’un livre est un bon argument lorsqu’il s’agit de financer un projet. «Mais attention, l’adaptation est un immense travail, qui demande tout autant de talent de la part d’un scénariste que le développement d’une idée originale. Pour plaisanter, je dis souvent qu’il faudrait avoir accès aux livres non publiés, car il y a certainement beaucoup de très bonnes histoires qui sont très mal écrites. Or quand vous adaptez, qu’un livre soit bien écrit ou non importe peu. Même si en l’occurrence Le Milieu de l’horizon est très bien écrit.»

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