A quoi sert donc un tribunal? A dire le droit ou ce qui est juste? C’est une perplexité aussi vieille que l’Antigone de Sophocle, qui dressait les unes contre les autres les lois non écrites des dieux et les codes juridiques de l’Etat. Les premières soutiennent l’univers de toute éternité, les seconds se contentent de régler tant bien que mal les rapports que les hommes entretiennent entre eux à l’intérieur de la cité. Ou comment opposer une morale supérieure à ce qui n’apparaît trop souvent que comme une loi arbitraire et étriquée. La question agitée par Sophocle resurgit avec toute l’urgence qui est la sienne à la lecture des verdicts contradictoires de Genève et de Lausanne dans l’affaire des militants du climat jugés pour vandalisme: tandis qu’un tribunal acquittait l’accusé en validant son engagement, l’autre refusait obstinément de céder aux sirènes du droit de désobéissance.