Rencontrer Stephan Eicher, c’est comme voir défiler en un visage des dizaines de moments furtifs de sa propre vie. Revoir les dimanches matin devant les vidéoclips de la Télévision suisse romande, lui, se roulant par terre en chantant Combien de temps. Ressentir de nouveau la mélancolie qui serrait la gorge sur l’album Carcassonne en 1993 et ses titres Baisers orageux, Manteau de gloire, Rivière. C’est se remémorer aussi, avec la nostalgie des étés d’insouciance, le dandy à canne à pommeau et moustache à épis qui embrasait à deux reprises la Grande Scène de Paléo sous une pluie torrentielle l’an dernier.

Stephan Eicher nous rend un peu fiers d’être Suisses. On connaît ses chansons. Son charisme. Son allure d’un autre siècle. Son accent qui fait sourire. Sa manière élégante d’éviter les r dans ses chansons françaises. Mais on sait finalement assez peu de choses sur lui. Car il faut bien chercher. Croiser des interviews dans toute la presse francophone, pour reconstituer un portrait. Celui d’un artiste, auteur, compositeur et interprète en perpétuelle recherche. Sur différents plans parallèles. Un homme engagé, fidèle et fédérateur. Un Bernois qui semble avoir vécu mille vies depuis sa naissance à Münchenbuchsee, le 17 août 1960.