Mille visages de la jeune photographie à l’Elysée

Images Dans reGeneration3, le Musée de l’Elysée offre un panorama éclaté de la discipline

Etage par étage, une édition riche en diversité

L’antichambre bruisse comme une ruche, en cette matinée venteuse qui précède le jour du vernissage de reGeneration3, au Musée de l’Elysée. Une cinquantaine de jeunes photographes sont présents devant leurs œuvres, et illustrent aussi bien que celles-ci la diversité de la scène en devenir. Dix ans après la première édition, reGeneration3 – projet international présenté comme «l’une des marques de fabrique du Musée de l’Elysée» – mise sur le caractère multidisciplinaire de la photographie aujourd’hui. Le principe est simple: 350 centres de formation artistique, dans le domaine de la photographie, ont été invités à soumettre les dossiers de cinq de leurs étudiants. Une centaine d’écoles de par le monde ont répondu à cet appel et envoyé les dossiers de jeunes diplômés, parmi lesquels 53 artistes de 25 nationalités ont été retenus.

Commissaire de l’exposition, Anne Lacoste salue l’engagement de ces créateurs émergents «décomplexés par rapport à la photographie». Il fallait oser, en effet, associer, comme le fait Angélica Dass dans sa série «Humanae», la couleur de peau de modèles anonymes et le nuancier d’une marque industrielle – du rose à l’ocre ou au brun. Des individus caractérisés par leur teint et, paradoxalement, une fois réglée cette question sensible de «couleur de peau», par la franchise de leur regard, leur âge, leur expression. Dans ce même secteur réservé, au sous-sol du musée, à la photographie esthétique, de tendance picturale, le duo formé de Marek Kucharski et Diana Lelonek revisite la théorie de Darwin, posant dans le costume d’Adam et Eve au sein d’une nature sauvage et idyllique.

Intéressant également, et très épuré, le travail d’Emilio Pemjean intitulé «Palimpseste», où l’on redécouvre de célèbres toiles de Vélasquez et de Vermeer, du moins leur décor: une salle nue, réduite à la lumière si particulière du peintre flamand, qui entre par la fenêtre et claque sur le sol dallé, en l’absence des personnages et de la couleur. Magnifique. Magnifique aussi, pour en rester à cette section centrée sur la beauté des images, ces petites abstractions géométriques dues à Matt Waples, que le jeune artiste obtient lorsqu’il fait se rencontrer la lumière et des composés chimiques, selon le procédé d’impression baptisé Dye Transfer, qui donne des tons d’une belle intensité. Le Coréen Jae Hoon Lee se réserve le droit d’améliorer le paysage, en l’occurrence des chaînes de montagnes plus saisissantes que nature (si c’est possible), pour lesquelles il a procédé au montage de différentes prises de vue.

Un étage plus haut, c’est le sujet documentaire qui est mis à l’honneur, et traité, comme les autres aspects définis pour cette édition, par les moyens les plus divers, non seulement la photographie, mais le livre, la vidéo, l’installation, la performance même. Les documents sont souvent liés au pays d’origine et au vécu de leurs auteurs. Nobukho Nqabe évoque avec simplicité le sac à commissions de sa mère, de tissu ample et quadrillé, Sinan Tuncay réinvente la miniature persane en procédant à des collages peu orthodoxes, Laurence Rasti se penche sur le sort des homosexuels iraniens persécutés, en transit en Turquie.

L’étage supérieur est dédié aux travaux sur la mémoire, et sur la perte de mémoire. Travaux plus nostalgiques, telles les photos de famille refaites par Anna Gutova et Gabriel Fragner. L’Espagnole Irene Muñoz Martin met en parallèle la mort de Franco et le récit de sa mère qui ce jour-là assistait à une démonstration de gymnastique, rapprochement qui lui permet de suggérer les effets du franquisme dans son pays. On aura saisi la richesse et l’inventivité de ces témoignages de l’usage de la photographie dans la création contemporaine. Les aveugles, dans un travail de Gaia Squarci, sont même intégrés parmi ces interventions visuelles, de même que le texte et le son. Simon Rimaz, dans ses «Etudes de la vitesse», va jusqu’à escamoter le cœur de la photographie, ne gardant des courses automobiles que le cadre flouté de la prise de vue. Une photographie qui, malicieuse, s’invite pour mieux nous faire faux bond, qui dit mieux?

reGeneration3. Quelles perspectives pour la photographie? Musée de l’Elysée (av. de l’Elysée 18, Lausanne, 021/316 99 11). Ma-di 11-18h. Du 29 mai au 23 août.

Un engagement de ces créateurs émergents «décomplexés par rapport à la photographie»