Genre: DVD et Blu-ray
Qui ? Série écrite par Nikolaj Arcel et Rasmus Heisterberg, d’après les romans de Stieg Larsson
Titre: Millénium, la série
Millennium
Chez qui ? TF1/UGC/Yellow Bird

I l y a ces images insérées, interrompant brièvement le récit, étonnantes dans le déroulement de l’intrigue. Elles montrent la petite fille, son bourreau en voiture et la boîte d’allumettes. Allusion à l’épisode suivant. Glissées vers la fin du premier chapitre de la trilogie Millénium , version cinéma, ces courtes séquences surprenaient. L’adaptation des romans de Stieg Larsson cédait au principe de l’accroche du spectateur, du teasing publicitaire, appâtant visuellement le poisson pour mieux le ferrer et le lever en vue de la deuxième partie, puis de la troisième. Quoique les deux derniers chapitres fussent déjà plus construits en feuilleton dans les romans.

Après les films, voici donc Millénium , la série TV. En quelque sorte, les longs métrages auraient emprunté le langage des séries pour vendre leur marchandise. En fait, l’entreprise suédoise a été menée de front; il serait même plus juste de dire que les films montrés au cinéma sont des versions courtes de la série. Le suspense de Stieg Larsson se prêtait aisément à servir de support pour une mini-série. Ce qui a été fait. Dans la foulée, une sortie dans les salles obscures a permis de garantir un dodu budget anticipé, ainsi que d’offrir à cette pièce de l’audiovisuel suédois une irruption sur la scène mondiale. Comme une confirmation, dans ce cas à haute teneur commerciale, de la vitalité de la créativité nordique – laquelle éclate aussi, voire avant tout, dans les séries TV (lire ci-contre).

La bifurcation vers le format du long métrage a marché au-delà des attentes: à tel point qu’aux Etats-Unis, ce ne sont pas les réseaux de TV ou les créateurs de séries qui se sont emparés du sujet, mais la branche cinématographique d’Hollywood. Réalisée par ­David Fincher, la déclinaison américaine sort le 18 décembre outre-Atlantique, en janvier en Europe, dont la Suisse.

Si l’on a vu les films, et pour peu que l’on prise fortement la sombre saga de Stieg Larsson, que gagne-t-on à revoir l’ensemble, en plus long, dans ces chapitres divisés en deux épisodes de 90 minutes? En volume, l’apport se révèle modeste: les films tournaient autour des 2 heures 15, les gourmands ont donc droit à 40, 45 minutes de plus que l’œuvre vue en salles.

Les ajouts permettent surtout de retrouver certains pans des romans passés à la trappe dans la salle de montage cinéma. Dans le premier volet, les manœuvres autour de la revue Millénium , orchestrées par l’industriel qu’elle a mis en cause, apparaissent de manière bien plus nette que dans le film. De plus, et même si cela peut sembler paradoxal, l’espace narratif supplémentaire, la longue durée, a pour effet de rendre l’enquête plus dense, plus serrée. L’ajout de plans, voire de petites séquences, durant les pérégrinations de Michael et Lisbeth dans les campagnes suédoises gagne en nervosité, et en intérêt. En somme, le format de série libère le potentiel des pages écrites par Stieg Larsson.

En revanche, les fidèles ne seront pas surpris de constater qu’au niveau des personnages la plupart des apports rendus possibles par le format TV concernent la figure de l’informaticienne rebelle. De manière générale, l’adaptation audiovisuelle des histoires du romancier décédé en novembre 2004 met en avant Lisbeth Salander. Bien davantage que les livres initiaux, où Mikael Blomkvist gardait tout de même une place centrale, y compris dans ses absences.

De toute évidence, les adaptateurs ont senti le potentiel narratif, et visuel avec l’étonnante Noomi Rapace, de la hackeuse solitaire. Dans ses rares interventions et commentaires, Stieg Larsson lui-même ne cachait pas sa volonté de produire, avant tout, un divertissement, auquel il ajoutait son propos. Par ses regards braqués, ses tatouages étendus et sa démarche fusée, Noomi/Lisbeth tire l’histoire vers son suspense réel, elle donne le tempo. Pourtant frêle et retranchée, elle porte la fiction, corps revêche mais qui détient l’énergie nécessaire à la lutte, physique ou informatique. Son interaction avec Mikael structure, toujours plus, les investigations autour des mystères que le tandem découvre, ou que l’on place sur son chemin.

Désormais, les spéculations peuvent aller bon train. Quelle lecture proposera David Fincher? D’autant que le réalisateur a choisi une pointure pour incarner ­Mikael: Daniel Craig, échappé du costume de James Bond. Face à lui, Rooney Mara, vue dans The Social Network et le remake des Griffes de la nuit . Suspense, à nouveau. Sacré Stieg Larsson.

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Stieg Larsson

dans une interview, octobre 2004

«Le roman policier est l’une des formes de divertissement les plus populaires qui soient. Si, en plus, vous avez quelque chose à dire,ce qui est mon cas…»