Genre: roman
Qui ? Daniel Fazan
Titre: Millésime
Chez qui ? Olivier Morattel, 150 p.

«Je suis une fille et je m’appelle Paul.» Ainsi débute Millésime, le quatrième roman de Daniel Fazan qui épouse les coteaux pentus des rives vaudoises, les ciels changeants et la révolution intime de Paul. Paul est un vigneron fou de son vin, de sa terre et alcoolique. Paul a accepté de se sevrer. Il se confesse à la première personne, au lecteur, à sa psy. Le roman surgit de cette parole franche, caustique, libre. Les paysages, l’enfance sous l’égide d’un père rigolard et alcoolique, le vin, le mariage qui vire au vinaigre, Roberte l’épouse qui se transforme en harpie, les enfants et puis le vin de nouveau, la dépendance, la réalité qui se couvre de brume, la vapeur d’alcool qui camoufle l’ennui et la solitude affective.

Roger, vigneron dans un village voisin, surgit alors, un peu panda dans l’allure, des yeux chavirants et avec lui une tendresse oubliée, une entente inconnue, une complicité jusque-là rêvée. Les pages sur l’ amour entre Paul et Roger comptent parmi les plus belles du livre. On pense évidemment à ­Brokeback Mountain, la nouvelle d’Annie Proulx sur un amour entre deux cow-boys du Wyoming entre les années 1960 et 1980. Les vignes vaudoises incarnent l’antithèse des grands espaces américains mais les deux terrains véhiculent leur lot de traditions viriles et taiseuses.

Annie Proulx avait fait le choix du lyrisme d’un narrateur extérieur. Daniel Fazan a opté pour la voix de Paul, proche, intime, avec son sens de la formule pour dire les paysages, les silhouettes, la rougeur des visages, l’esprit du lieu: «Des êtres qui n’avouent rien d’eux-mêmes, qui évitent les désignations du doigt comme dans un pays occupé et qui le fut. Avec ses séquelles encore aujour­d’hui. C’est un pays qui doit boire pour se donner.»

Dans ce climat de surveillance générale, où chaque villa cache un mini-mirador derrière les rideaux de la cuisine, Paul et Roger vont s’aimer au quotidien, dans un souffle, comme sur une île.