Cinéma

Milo Rau au Congo

Le dramaturge et cinéaste bernois a mis en scène, pour «Le Tribunal sur le Congo», un procès fictif mais joué pour de vrai par des protagonistes de la guerre civile qui a ravagé la RDC

En octobre 2016, le metteur en scène et dramaturge Milo Rau invitait sur le plateau du Théâtre de Vidy quatre comédiens syriens, grec et roumain à évoquer leurs destins. La pièce s’appelait Empire, et le Bernois y donnait à voir des histoires douloureuses. Devenu l’un des maîtres du théâtre dit documentaire, Milo Rau trouve son inspiration dans l’actualité – l’affaire Dutroux pour Five Easy Pieces, le génocide rwandais pour Hate Radio ou encore la tuerie perpétrée par l’extrémiste de droite Anders Breivik pour Breivik’s Statement.

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L’homme de théâtre, qui a étudié la sociologie et pratiqué le journalisme, a présenté ses créations dans une trentaine de pays. Plusieurs projets ont donné lieu à des déclinaisons cinématographiques, à l’instar du Tribunal sur le Congo, dévoilé l’été dernier à l’enseigne de la Semaine de la critique du Locarno Festival.

Milo Rau a commencé à travailler sur ce film en 2013. Son but: éclairer la sanglante guerre civile qui, en une vingtaine d’années, a fait plus de six millions de victimes en République démocratique du Congo, un pays aussi vaste que la totalité de l’Europe de l’Ouest.

L’absence de Jean Ziegler

Après deux ans de travaux préparatoires, Milo Rau a réussi à mettre sur pied un tribunal du peuple et à réunir des témoins, bourreaux et victimes, ainsi qu’un jury international et deux juges du Tribunal pénal international de La Haye. Pour un procès fictif et symbolique, autrement dit sans valeur juridique malgré des audiences durant lesquelles chacun joue son propre rôle, qui s’est tenu durant trois jours à Bukavu, avant qu’une seconde session ne soit organisée à Berlin.

En l’absence notoire de Jean Ziegler, que les Nations unies n’ont pas autorisé à siéger au sein du jury, ce Tribunal sur le Congo destiné à «offrir la parole à tous» a traité de trois cas différents.

A travers un habile montage passant des audiences à des interviews et enquêtes réalisées in situ, Milo Rau restitue par bribes l’horreur, tout en soulevant quelques questions essentielles. L’armée et le gouvernement de RDC sont-ils responsables des nombreuses attaques perpétrées contre la population civile? La communauté internationale est-elle coupable de complicité pour avoir collaboré avec ledit gouvernement?

Catharsis

La démarche de l’Alémanique, pour les spectateurs ayant assisté aux trois jours de procès organisés à Bukavu, fait office de catharsis. Tenter de comprendre, enfin. Comprendre les exactions, les expropriations, les massacres. Avec en toile de fond, comme souvent, des enjeux économiques, liés notamment au coltan, un minerai qui entre notamment dans la fabrication des téléphones portables.

Le volontarisme dont fait preuve Milo Rau afin de faire entendre la vérité est admirable. Son film, à trop entremêler de petites et grandes histoires, n’en demeure pas moins, parfois, confus. De même qu’il se perd par moments dans des digressions qui affaiblissent sa portée, comme lorsque, en Suisse, Jean Ziegler commente sa non-présence au Congo. Dans une démarche similaire, mettre en scène un procès qui n’a jamais eu lieu, Cleveland contre Wall Street, de Jean-Stéphane Bron, s’avérait plus convaincant. Le Lausannois ne sortait jamais de la salle d’audience, conférant à son film une tension supplémentaire.


Le Tribunal sur le Congo (Das Kongo Tribunal), de Milo Rau (Suisse, Allemagne, 2017). 1h40.

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