Série TV

«Minuit, le soir», les troubles de Montréal by Night

Diffusée de manière amateure par France 2 cet été, la série québécoise «Minuit, le soir» offre de magnifiques portraits d’hommes à failles. Une grande œuvre

Puisque France 2 a tout fait pour saborder sa propre diffusion, évoquons la série québécoise Minuit, le soir. Que la chaîne publique a diffusée cet été le dimanche en fin de soirée, doublée en bon français de France. Heureusement pour les amateurs, le feuilleton, qui a compté trois saisons jusqu’en 2007, est disponible en DVD (toutes zones).

Minuit, le soir fait partie de ces nombreuses perles qui nous viennent du Québec, laboratoire télévisuel toujours à suivre. Elle suit la vie souvent sombre de trois videurs de boîte de nuit, d’abord licenciés par la nouvelle patronne du club dans lequel ils officient, avant d’y revenir. Choc de générations. Le feuilleton jouera d’un double niveau, la forte amitié qui relie les trois gars et leurs rapports difficiles au reste du monde, dans le microcosme montréalais. Modestes espoirs de vie contrariés, abîmes de la solitude, petits mensonges ordinaires pour ­embellir son existence – au moins aux yeux des autres; durant 38 épisodes, Minuit, le soir a proposé des portraits d’hommes à failles d’une densité exceptionnelle. Et d’une grande beauté.

Cette fiction nocturne était due à l’auteur Pierre-Yves Bernard, à cette époque auréolé du succès d’une sitcom de science-fiction (!), Dans une galaxie près de chez vous, et au réalisateur Daniel Grou, dit Podz, déjà incontournable dans la télé québécoise. Racontant leur aventure à Aix-les-Bains il y a deux ans, les comparses narraient qu’ils avaient vendu Minuit, le soir à Radio-Canada «en disant que la nuit y sera un personnage. Le genre de phrases vides dont les diffuseurs raffolent!» De fait, leur fiction a commencé par déconcerter le public, qui, notamment en raison des acteurs choisis, s’attendait à une comédie. Pierre-Yves Bernard et Podz ont fait un pari. En estimant que «la série devient une expérience plus intense, cela nous pousse à devenir plus audacieux, plus créatifs». Avec Minuit, le soir, c’était parfaitement réussi.

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