jazz

Quand Minvielle fait sa fête à Boby

Le champion de la fantaisie vocale hexagonale (s’)offre une relecture drôle et juste de Boby Lapointe

Genre: jazz
Qui ? Jean-Marie Machado & Danzas invitent André Minvielle
Titre: La Fête à Boby
Chez qui ? (Bee Jazz/Musicora)

Quand on entre, avec ou sans préméditation, dans l’univers ouvert de Boby Lapointe, on n’a qu’une envie: s’en faire le propagandiste inconditionnel, annoncer la bonne nouvelle de cette langue ludiquement désossée au monde entier.

Mais, un peu comme Brassens, le Boby résiste à l’appropriation: si savoureuse, proférée par lui, la magie de sa poésie s’évapore quand elle emprunte d’autres cordes vocales. D’où la bonne surprise, à vrai dire pressentie, de ce disque mis en vocalises par le subtil, faussement futile et toujours volatil André Minvielle. Peut-être parce que, pour cette ancienne recrue de la Compagnie Lubat, le chant n’a jamais été la voie royale d’une carrière de «cantateur», si l’on ose le masculin, mais l’instrument buissonnièrement mis au service d’une dérision raisonnée de tout ce qui, sans lui, virerait au sinistre dans la société des gens sérieux.

Autant dire que les vers qu’il trousse dans «Boby en si bibi» s’appliquent autant à lui-même qu’à son frère en loufoquerie Lapointe: «Calembourlingueur sur papier/Il avait l’art de l’échappée/De la syntaxe accidentée/Et de la mesure allumée». On en oublie presque, et c’est injuste, que l’idée de cette plongée en apnée dans l’œuvre de Boby le fêlé revient non à Minvielle, mais au pianiste et arrangeur Jean-Marie Machado. Lequel, à la tête d’un ­octuor de haut vol, déploie des trésors d’ingéniosité pour faire jaillir des ambiances de fêtes foraines, de cirques de quatre sous ou de poésie lunaire à la Tati.

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