Hormis les couleurs violentes qu’exacerbe le soleil sicilien, on pourrait se croire revenu au temps du néoréalisme. Roberto Rossellini aurait pu filmer la scène: la famille Prestifilippo taille la route à bord d’une camionnette brinquebalante. Le père gueule sans répit après les garçons, descendus dans le fossé ramasser quelques dérisoires rebuts. Oscar est le souffre-douleur du padre padrone qui le traite de «bon à rien» et le raille: «Il ne réagit même pas, le bâtard.»

Sur la rive opposée de l’île, un autre damné de la terre balaie l’église d’un prêtre qui lui assure son appui. C’est Stanley. Venu du Nigeria par voie maritime, bénéficiant d’une autorisation de séjour de six mois, l’athlétique jeune homme partage un appartement exigu avec Blessed. Il dispute son compatriote, attendant passivement une décision des autorités italiennes: «Tu es un parasite, tu seras un mendiant toute ta vie.»