Chanson

Miossec décline ses tristes constats

«Chansons ordinaires», huitième album en seize ans, montre un Brestois qui n’a pas perdu son sens de la formule, à défaut de faire vraiment mouche

Genre: chanson
Qui ? Miossec
Titre: Chansons ordinaires
Chez qui ? (PIAS/Musikvertrieb)

Il convoque dans un titre sépia Berthe Sylva, l’absinthe, les malfrats, le trottoir et les filles de petites vertus pour ironiser en un refrain, «C’était mieux avant, beaucoup plus décadent…». Si tout fout le camp en effet, Miossec n’a en tout cas pas perdu son sens de la formule. Et sa «Chanson du bon vieux temps» en profite pour pourfendre autant l’hygiénisme social que l’aspect inoffensif de la scène néoréaliste en toile de fond. La fuite du temps, grande obsession et angoisse de Miossec avec les ravages de l’amour depuis 1995 et Boire , ne souffre ici aucune nostalgie.

Evoquer l’une des fameuses tragédiennes de la chanson d’entre-deux-guerres, née à Brest comme Miossec, lui permet juste de pointer quelques paradoxes et distribuer des paires de claques au passage. A l’image, en épilogue, de la cruelle «Chanson sympathique» dont les couplets trempent dans l’acide: «Ce n’est pas parce que tu pleures qu’on va écouter tes p’tits malheurs/Ce n’est pas parce que t’as rien à dire qu’il faut tenter de l’écrire».

Ce qui frappe d’ailleurs dans Chansons ordinaires , huitième album nerveusement rock et abrupt dans l’écriture, c’est que chaque titre est imaginé comme un prétexte à de tristes constats. D’un concept où il attribue à chacune de ses nouvelles chansons une fonction, comme autrefois les chansons à boire, de salle de garde ou de jeunesse, Miossec a esquissé sa propre typologie.

Mais ses Chansons ordinaires comptent plutôt les coups du sort, les illusions perdues et répertorient la palette des déchéances humaines. Ambitions abandonnées («Chanson pour les amis»), vie ébranlée («Chanson d’un fait divers» ou «Chanson pleine de voix»), fatalisme existentiel («Chanson que personne n’écoute»), vague à l’âme et délabrement physique («Chanson pour un homme couvert de femmes») ou meurtrissures du temps et de l’amour («Chanson qui laisse des traces»). De son pessimisme et sa mélancolie habituels, l’ex-journaliste fait également rejaillir ce thème de la survivance qu’il semble chérir. «Chanson dramatique» rappelle par endroits «Mes crimes: le châtiment» ( L’Etreinte , 2006) et souffle l’oxygène d’un miraculé pour qui «toute la vie vaut de l’or».

Si Miossec semble moins enclin aux stricts récits de gueules fracassées, s’il est capable de davantage de mystère, l’empathie et les jours meilleurs ne figurent pas dans son vocabulaire. Tant mieux, ça lui évite d’exploiter son «fonds de commerce geignard» comme il aime à dire.

Voilà deux ans pile, au fil d’un Finistériens composé par Yann Tiersen, le chanteur était pourtant revenu aux écorchures profondes qui avaient fait le sel de son répertoire frotté au papier émeri. Aujourd’hui, il élargit à nouveau la focale de son écriture, en resserrant toutefois les rythmiques. L’électricité et les distorsions rock de Chansons ordinaires remplacent les lignes de fuite pop de Finistériens . Comme si le poids des mots/maux hélas définissait le contrepoids orchestral. On attend donc la symbiose pour crier au chef-d’œuvre.

Publicité