Pourquoi, si Hollywood mène si souvent à des films sans ambition artistique, un garçon aussi talentueux que Leonardo DiCaprio ne se met-il pas au service du cinéma indépendant américain? Parce que celui-ci s'est vicié de la même façon depuis le début des années 1990. Après avoir dressé le portrait sans concession de la génération Coppola-Scorsese-Spielberg dans l'indispensable Nouvel Hollywood, le journaliste Peter Biskind a décrit cette dérive par le menu dans son dernier livre, Sexe, Mensonges & Hollywood.

Sous-titré «The rise of independent film», Biskind n'en décrit pas tant «la montée» qu'un terrible constat d'échec. Il décortique en particulier deux symboles du cinéma indépendant: le festival de Sundance lancé par Robert Redford en 1981 et la compagnie Miramax fondée peu après par Harvey et Bob Weinstein. A priori, on ne compte plus les grandes signatures issues de ces deux «temples de la liberté artistique»: les frères Coen, Quentin Tarantino, Paul Thomas Anderson, Sofia Coppola...

Pourtant, la réalité n'est pas rose. Sundance, terre promise des auteurs refusant les diktats de l'industrie hollywoodienne, est en réalité devenue la base arrière de Hollywood, au mieux sa pouponnière. Quant à Miramax, qui était une filiale «libre» de Disney, elle s'est enfermée jusqu'à l'étouffement dans une course aux Oscars et au succès qui a culminé avec Pulp Fiction de Tarantino, Shakespeare in Love de John Madden et Fahrenheit 9/11 de Michael Moore.

Miramax s'est ainsi constitué une écurie et un chiffre d'affaires dignes d'un studio. Avec, comme corollaire, cette confusion: réalisé par un Tarantino ou un Moore, un long-métrage Miramax, sorti à grands frais, n'avait d'indépendant que le passif de son auteur. Et les studios ont emboîté le pas. Chaque major a aujourd'hui sa filiale dévolue à des productions intimistes. Fox Searchlight derrière le récent Thank you for smoking, Sony Classics derrière Capote, Paramount Classics derrière Une Vérité qui dérange d'Al Gore... Si bien que le cinéma indépendant actuel appartient de fait à Hollywood.

Sexe, Mensonges & Hollywood,par Peter Biskind, Le Cherche-Midi, 2006, 550 p.