Elle n'est pas comme les autres, elle envoie un e-mail où elle écrit: «Bonsoir, je vous appelle demain matin pour «tautologiser» avec vous.» Mireille Bellenot adore la musique contemporaine. Depuis des années, elle anime des concerts à La Chaux-de-Fonds, qui tiennent plus du spectacle ludique que du rituel où le public pose ses fesses sur une chaise et écoute religieusement Mozart, Beethoven, Schubert. En 1994, elle organisait une «semaine John Cage». Il y a un an, elle rassemblait cent métronomes – en bois, en plastique – sur le rebord d'une cheminée. Ces métronomes ont commencé à faire tic-tac, dans le salon de la Maison Blanche de l'architecte Le Corbusier. Un bâtiment endormi, isolé du monde, renaissait au contact d'une foule. Et cela grâce au Poème pour cent métronomes de György Ligeti.

Mireille Bellenot mène une double vie. Le jour, elle enseigne au Conservatoire de La Chaux-de-Fonds: «C'est ainsi que je gagne ma vie, je suis professeur de piano.» Le soir, elle mûrit des projets de concerts, comme celui qu'elle offre ce dimanche, au Musée des beaux-arts, avec sept élèves pianistes du Conservatoire. Le mot «farfelu» revient souvent dans sa bouche. Or tous ces projets reposent sur une démarche sensée, rigoureuse. Toujours la même logique: faire vivre la musique contemporaine en la rendant accessible à tous. Abattre les cloisons, la dévoiler en la plongeant dans un cadre ludique, inhabituel, explosif.

C'est pourquoi le lieu tient une place prépondérante: «Je ne vends pas la musique contemporaine comme une marchandise. Pour moi, elle fait partie d'un tout, elle naît d'une synergie entre diverses disciplines artistiques qui se complètent», explique-t-elle. Pas de cinq a fait un tabac il y a deux ans, au Musée des beaux-arts. Le public était amené à suivre des musiciens et des comédiens au fil d'un parcours fléché, sorte de performance, inspiré du théâtre musical de Mauricio Kagel. Pas de cinq sera donné prochainement au Centre Pasquart à Bienne, puis au Festival de La Bâtie à Genève, cet été.

Voilà pour le concept. Mais Mireille Bellenot est comme John Cage: elle doit composer avec les moyens du bord. Au lieu d'avoir un coquillage australien et d'en extraire un océan de sons, comme le compositeur américain, elle distribue des affiches, envoie des lettres administratives pour obtenir un soutien financier. «Je fais partie des Concerts de Musique Contemporaine (CMC). Nous collaborons avec d'autres organismes culturels de la ville, comme le Nouvel Ensemble Contemporain, le Théâtre de l'ABC. Mais ce n'est pas toujours facile de faire passer nos idées.» Ainsi, la Société de musique de la ville a choisi le programme le plus convenu parmi quatre propositions. «On doit accepter les compromis, offrir des programmes mixtes où Ligeti côtoie Schubert. Les organisateurs de concerts sont persuadés que tous les abonnés vont s'enfuir.»

La Chaux-de-Fonds est en passe de redevenir la place forte de la musique contemporaine qu'elle était dans les années 60-70. Preuve de cet élan: les responsables des CMC et du Nouvel Ensemble Contemporain veulent unir leurs forces pour défendre une saison de concerts en commun. «L'idée est de rapprocher les deux structures tout en se gardant une marge de liberté», explique Mireille Bellenot.

Ce week-end, elle donne un concert avec des élèves du Conservatoire. Tautologos III est une pièce du compositeur français Luc Ferrarri. «Né en 1929, Ferrarri a d'abord fréquenté l'école de Darmstad. A l'époque, c'était le règne de l'écriture sérielle. Dans Tautologos, il fait une parodie des compositeurs de son temps. Chaque pianiste a une action précise – musicale, picturale, voire quotidienne –, qui ouvre le champ à l'infini.» Un dialogue qui symbolise la démarche de Mireille Bellenot.

Piano du XXe siècle

Mireille Bellenot et les élèves du Conservatoire de La Chaux-de-Fonds. Musée des beaux-arts, dim. 18 février à 11 heures. Entrée libre. Collecte.