Poche

En miroir de l’étranger de Camus

Kamel Daoud raconte l'histoire de l'«Arabe» de Meursault

«Aujourd’hui M’ma est encore vivante.» La première phrase du livre de Kamel Daoud fait écho à l’une des premières phrases les plus célèbres de la littérature française: «Aujourd’hui, maman est morte». Mais dans Meursault, contre-enquête, le propos est inversé. De fait, ce n’est pas le même fils qui parle.

A L’Etranger de Camus, répond un propos de l’intérieur, celui du frère de la victime de Meursault, un frère algérien, à qui Albert Camus n’avait pas jugé bon de donner un nom. Il était simplement l’«Arabe», la victime de la plage. Moussa sera donc son nom. Et son frère, Haroun, devenu vieux, dira son histoire et celle de sa famille depuis le zinc d’un bar d’Oran où il crie son amertume.

Kamel Daoud, alors chroniqueur au Quotidien d’Oran, signait avec Meursault contre-enquête son premier roman. Sur les listes du Goncourt 2014, il fut doublé cet automne-là par Lydie Salvayre et son beau Pas Pleurer. En lot de consolation, il obtint le Goncourt du premier roman 2015.
Ce livre, en miroir du chef-d’œuvre de Camus, raconte entre les lignes une histoire de dominant et de dominé, une histoire de fraternité et d’hostilité, une histoire entre la France et l’Algérie; l’histoire aussi d’une langue, le français, adoptée de part et d’autre de la Méditerranée. Et de cette langue, Kamel Daoud fait un usage roboratif, poétique, intense, débordant, prenant.


Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête, Babel, 156 p., ****

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