Sur le bandeau du livre, on voit un petit garçon à vélo, en barboteuse et chemisette à manches ballon, chaussé de sandales blanches et coiffé d'une casquette: ce n'est pas Gilles Cornec, mais son frère Jean-Michel, mort de méningite tuberculeuse un an avant sa naissance en 1953. Le récit singulier et très personnel du Miroir du Tour tient la gageure de parler à la fois de la passion cycliste de l'auteur et de son histoire familiale marquée par le bacille de Koch. Avec ses confidences, ses ellipses et ses emballements, c'est une échappée belle où l'on croise Fausto Coppi et Pétrarque, où l'on apprend mille et une choses sur la relation littérature-vélo, comme sur la relation tuberculose-écriture, où l'on découvre deux trios fameux: Anquetil le rouleur, Van Looy le sprinter et Bahamontes le grimpeur en 1963; ou Coppi, Bartali et Robic en 1949, soit «une espèce de Salomon, un vizir ou un prélat, un bouffon». Les portraits et les anecdotes abondent. Mais les plus belles pages sont celles consacrées au dialogue imaginaire du médecin et de la mère du petit condamné à mort, juste avant l'invention du Rimifon qui sauvera des milliers de malades chaque année.