A la fin des années 1960, des millions de téléspectateurs se rincent benoîtement l’œil devant le concours de Miss Monde. Mais les temps changent, comme le rappelle Miss Révolution, qui revient sur la tumultueuse édition de 1970, à Londres. L’organisateur du spectacle, notable confit dans le luxe et le machisme, vit ses dernières heures de tranquillité. Pour présenter le show, il a fait appel à un vieil habitué, l’acteur et chanteur américain Bob Hope, spécialiste de la blague égrillarde et de la promotion canapé. Mais dans les amphithéâtres et dans les squats, la révolte gronde.

La résistance s’organise autour de deux figures que tout oppose et que la lutte réunira forcément sous le signe de l’amitié: une intellectuelle brune, Sally Alexander (Keira Knightley, intense et discrète, impeccable comme toujours) qui croit aux vertus de la dialectique, et une représentante des classes laborieuses d’une rousseur flamboyante, Jo Robinson (Jessie Buckley, pétulante et rentre-dedans), qui spraye les murs et imprime des tracts. Les séditieuses s’introduisent dans un Royal Albert Hall sous haute surveillance de la manière la plus simple qui soit: en achetant des billets. Au milieu du show, elles manifestent bruyamment leur réprobation. Elles agitent des crécelles, dégainent des pistolets à eau et bombardent la scène de farine… Cette action marque les débuts du MLF.

Foire au bétail

Réalisé par Philippa Lowthrope, qui s’est fait la main sur des épisodes de The Crown ou de Call the Midwife, Miss Révolution s’inscrit dans une lignée de comédies féministes anglaises comptant déjà We Want Sex Equality et Suffragette. Le film s’avère indiscutablement jubilatoire. Les filles se retournant pour estimation des croupes établit l’analogie entre le concours et la foire au bétail. L’enfarinement des phallocrates est réjouissant, et savoureuse la revanche de Mrs. Hope sur son goujat d’époux.

Si la réalisatrice force un peu sur la dimension feel-good, elle opère une réflexion intersectionnelle intéressante en confrontant Sally, arrêtée par la police après le tapage, et Jennifer Hosten (Gugu Mbatha-Raw), Miss Grenade, une des deux concurrentes à peau noire (l’Afrique du Sud a eu le droit d’envoyer deux prétendantes au titre, une Blanche et une Noire, pas de jaloux…). Si Sally dénonce avec raison le sexisme du concours, Jennifer y voit un tremplin vers l’égalité, une occasion d’exister et peut-être de se construire un avenir.


Miss Révolution (Misbehaviour), de Philippa Lowthrope (Grande-Bretagne, Irlande, Australie), avec Keira Knightley, Jessie Buckley, Gugu Mbatha-Raw, 1h46.