Cinéma

«Mission: impossible – Fallout»: toujours plus fort, toujours plus vite

Pour la sixième fois déjà, Tom Cruise sauve le monde aux commandes de la franchise «Mission: impossible». Riche en péripéties, ce spectacle explosif en fait un peu trop pour être convaincant

C’est serti dans un exemplaire de L’Odyssée de ce bon vieux Homère qu’Ethan Hunt (Tom Cruise) reçoit son ordre de mission impossible. Il l’accepte. Le job est relativement facile, puisqu’il s’agit d’acheter 3 kilos de plutonium afin de remonter la piste des Apôtres, un cénacle de terroristes internationaux adeptes de la souffrance, qui concoctent la fin du monde (atomiser simultanément Rome, Jérusalem et La Mecque serait un de leurs projets…).

Après un traquenard confus dans un tunnel et un interrogatoire à double fond dans un hôpital, la mission commence par un saut en parachute dans l’orage au-dessus de Paris. Elle se poursuit avec une bagarre mortelle dans les toilettes d’une rave techno et un rendez-vous, sanglant lui aussi, avec la Veuve blanche. Comme paiement, cette blonde courtière exige Solomon Lane (Sean Harris), le terroriste que la MIF (Mission Impossible Force) a mis hors d’état de nuire dans Mission: impossible – Rogue Nation (2015). Ce petit prophète de l’Apocalypse à poil roux va justement être transféré sous bonne garde dans une prison parisienne.

L’action de Mission: impossible – Fallout se déplace ensuite à Londres puis au Népal où l’équipe de la MIF va rejouer à plusieurs voix la fameuse partition du «fil bleu/fil rouge» dans un temps imparti de quinze minutes, car deux bombes atomiques impossibles à désamorcer doivent être désamorcées.

Péripéties exponentielles

Au cours de ces péripéties exponentielles, on aura vu l’agent Hunt dessouder une trentaine d’ennemis (chiffre approximatif), traverser Paris à 200 km/h sur une moto en privilégiant la conduite à contresens et Londres en bondissant de toit en toit, attraper un hélicoptère en vol pour jouer aux auto-tamponneuses au-dessus de l’Himalaya… Une touche de vérisme est concédée: le héros finit avec une griffure au visage et des côtes cassées. Il garde toutefois le sourire.

Pour la sixième exploitation de la franchise Mission: impossible, lancée en 1996 par Tom Cruise, tête d’affiche et producteur, Christopher McQuarrie rempile. Succédant à Brian De Palma, John Woo, J.J. Abrams et Brad Bird, ce réalisateur efficace (Jack Reacher) est le premier à signer un second épisode. Il s’acquitte de son mandat en respectant trois principes: de l’action, de l’action et de l’action. En dépit d’un rythme soutenu et de rebondissements constants, il ne parvient qu’imparfaitement à suspendre l’incrédulité et n’atteint jamais à la grâce de Mission: impossible 4 – Protocole fantôme et son inoubliable séquence d’escalade à mains nues du Burj Khalifa de Dubaï (828 mètres de haut).

Epuisante surenchère

Luther (Ving Rhames), Benji (Simon Pegg) et Ilsa Faust (Rebecca Ferguson), les fidèles compagnons d’Ethan Hunt, ont répondu présent. Seul manque à l’appel l’analyste Henry Brand, son interprète, Jeremy Renner, étant bloqué sur le tournage d’Avengers 4: choisis ton camp camarade, choisis le monde que tu veux sauver! Un nouveau venu, August Walker (Henry «Superman» Cavill), dépêché par la CIA, se joint à eux. Il porte la moustache (cet ornement pileux est inspiré par Elia Orr, un méchant dans les comics de Superman), ce qui le rend suspect…


Courses-poursuites démentielles, sens du devoir exacerbé, bagarres qui briseraient les os du plus puissant des gorilles, chutes et comptes à rebours vertigineux, acrobaties sidérantes, coups de bluff ahurissants… L’épuisante surenchère que pratiquent les missions impossibles du XXIe siècle fait regretter la série télé des années 1960 quand un faux nez suffisait à Jim Phelps et ses sbires dévoués pour duper les ennemis de l’Amérique. Aujourd’hui, les as de la MIF disposent d’une technologie futuriste assistée par satellite; ils sont en revanche confrontés à l’éternel dilemme du cœur et de la raison d’Etat, ainsi qu’aux poisons de la trahison et aux dangers de la guerre des officines. Les ambiguïtés idéologiques engendrent des situations d’une complexité véritablement impossible à démêler.


Mission Impossible – Fallout, de John McQuarrie (Etats-Unis, 2018), avec Tom Cruise, Rebecca Ferguson, Henry Cavill, Sean Harris, Alec Baldwin, 2h13.

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